Législatives 2024 : une candidature-fantôme pour LR à Voiron ?

La dissolution surprise de l’Assemblée nationale et la décision d’organiser des élections aussi rapidement nous ont tou·tes pris·es de court. Et ce n’est sans doute pas Héloïse Baradel qui nous contredira.

Le temps nous manque pour analyser les positions des un·es et des autres en vue du premier tour des législatives, dimanche prochain, dans la 9e circonscription de l’Isère. Le bilan d’Élodie Jacquier-Laforge (députée sortante, Modem-Ensemble), le programme de Sandrine Nosbé (LFI-Nouveau Front populaire), les positions de Cécile Bène (RN)… Tout ceci aurait été intéressant. Mais la dissolution surprise de l’Assemblée nationale et la décision d’organiser des élections aussi rapidement nous ont tou·tes pris·es de court. Et ce n’est sans doute pas Héloïse Baradel qui nous contredira.

Désignée candidate LR de la 9e circo en novembre dernier, la Voironnaise avait donc repris le flambeau de Bruno Gattaz, candidat malheureux en 2017 puis en 2022, et celui de Julien Polat, actuel maire de Voiron et candidat lui aussi malheureux en 2012. Pensant certainement qu’elle aurait le temps de terminer son master de droit des collectivités territoriales, entamé en 2022 à l’université Panthéon-Assas, puisque les prochaines législatives étaient logiquement prévues pour 2027…

Si l’on en croit l’ACTA (Association des collectivités territoriales d’Assas – le post LinkedIn date de quatre mois, précisons-le), elle est (ou a été) apprentie juriste au sein de l’Association des maires de France, dans laquelle elle effectue (ou effectuait) du conseil juridique pour les adhérents. Son intérêt pour la politique locale se retrouve dans ses projets pour le futur, selon le même post : “Pour ce qui est de l’avenir, Héloïse souhaiterait devenir avocate afin d’assister les communes dans leurs problématiques quotidiennes. Étant élue et engagée, elle a toujours manifesté un véritable intérêt pour l’échelon local pour lequel elle souhaite continuer d’agir tout au long de sa carrière juridique.”

Ses études l’ont certainement occupée depuis sa désignation, à Voiron, comme conseillère municipale déléguée au lien avec les établissements d’enseignement secondaire et aux dispositifs d’accompagnement de la jeunesse. Car si l’on jette un œil sur les procès-verbaux des conseils municipaux, après une assiduité moyenne en 2020 (elle a assisté à deux tiers des CM) et correcte en 2021 (trois quarts), elle n’était plus présente qu’à deux CM en 2021, deux en 2022 et aucun, à ce jour, en 2024 (sur les trois qui se sont tenus à ce jour cette année). Dit autrement : elle a été absente de 19 des 33 conseils municipaux auxquels elle aurait pu assister, et s’est fait représenter pour 14 d’entre eux.

L’indemnité en question

Cela fait de cette sportive de haut niveau – elle pratique le cheerleading – l’une des championnes de l’absentéisme au conseil municipal voironnais. Même si cela ne préjuge en rien de son action au service de la population, bien entendu. En quoi a consisté concrètement cette action locale, particulièrement depuis 2022 ? D’autant que, sauf erreur, l’enseignement secondaire n’est pas à proprement parler du ressort de la commune (même si celle-ci peut conserver certaines fonctions en lien avec les collèges et lycées). Nous avons posé la question à la Ville de Voiron. Pas de réponse.

Reste qu’Héloïse Baradel dispose, malgré son éloignement, d’une délégation, qui fait en principe l’objet d’une indemnité : 346,15 euros de montant mensuel brut (conseil municipal du 11 mai 2022).

Or, l’absence répétée au conseil municipal, si elle ne constitue pas en elle-même un motif de démission d’office (l’assistance aux CM est un droit que les élus municipaux tirent de leur élection, non une fonction en tant que telle), “revient à ne pas exercer de manière effective les fonctions pour lesquelles le conseiller municipal a été élu”, estime le site spécialisé EuroJuris. La situation se complique si le conseiller municipal en question bénéficie d’une indemnité de fonction : dans ce cas, “ses absences répétées pourront engendrer une suspension du versement des indemnités dans la mesure où la condition d’exercice effectif des fonctions de conseiller municipal pourra être considérée comme non remplie (article L. 2123-24-1 du code général des collectivités territoriales).”

La Ville de Voiron a-t-elle suspendu l’indemnité d’Héloïse Baradel durant ses mois d’absence ? Nous avons posé la question. Pas de réponse.

Les absences répétées d’un élu local aux réunions de l’organe délibérant sont une question suffisamment épineuse pour qu’Hervé Maurey, sénateur centriste de l’Eure, l’ait posée à la ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, Jacqueline Gourault, en 2020. Dans sa réponse, celle-ci estime qu’il “revient à chaque séance du conseil municipal de s’assurer, dans le cas où les conseillers municipaux perçoivent une indemnité de fonction, que le versement de celle-ci est suspendu dès lors que l’exigence légale d’exercice effectif des fonctions, posée notamment par l’article L. 2123-24-1 du CGCT, n’est pas remplie. L’absence aux réunions de l’assemblée délibérante, qui ne constitue pas à elle seule un manquement à cette obligation, n’en demeure pas moins un des éléments permettant d’en juger.”

Je n’ai pas trouvé trace d’un tel débat dans les procès-verbaux de conseil municipal à Voiron. La question a été posée à la Ville. Pas de réponse.

Le maire ou un membre de son administration ou de son cabinet a-t-il évoqué ou discuté avec Héloïse Baradel d’une démission de son mandat de conseillère municipale, ou de l’abandon de sa délégation, au vu de la dimension prévisible de ses absences prolongées ? Après tout, au fil du temps, plusieurs conseillers et conseillères ont renoncé à leur fonction, laissant naturellement la place à la personne inscrite après eux sur la liste. La question a été posée. Pas de réponse.

Certaines communes ont souhaité lever ce flou. Ainsi, la Ville d’Amboise a décidé en novembre dernier que “le maire pourra suspendre l’indemnité d’un élu du fait d’un absentéisme manifeste aux réunions municipales (soit trois mois consécutifs d’absence en conseil municipal et aux commissions dont il est membre)”. La Ville de Voiron pourrait s’en inspirer.

Au-delà de cette dimension pécuniaire, on peut aborder une dimension plus éthique : la charte déontologique de l’élu local stipule noir sur blanc, à son point 6, que “l’élu local participe avec assiduité aux réunions de l’organe délibérant et des instances au sein desquelles il a été désigné”. Une charte publiée en tête du règlement intérieur du conseil municipal de la Ville de Voiron. C’est aussi une question de démocratie représentative.

Une candidate discrète

Au-delà de la surprise d’une dissolution expresse, on peut raisonnablement se poser la question d’une candidature qui ne se remarque guère sur le terrain ni sur les réseaux. Mis à part l’un ou l’autre post Facebook de soutien ou un tweet sur X, une photo avec Bruno Gattaz à une terrasse de café voironnais et un prospectus que je n’ai pas eu la chance de consulter au format papier, pas grand-chose à se mettre sous la dent. La campagne reste des plus discrètes.

Est-elle même présente à Voiron ? L’article du Dauphiné libéré rapporte ses propos confiés “entre deux partiels, devant valider son master en droits des collectivités locales”. Précisons que nous avons sollicité Héloïse Baradel à deux reprises pour une interview. Pas de réponse.

Dans un article du 17 juin, Mediapart évoque “le rapprochement du camp présidentiel avec la droite d’opposition” : “Bien qu’elles s’en défendent, les deux forces politiques ont passé, en toute discrétion, des accords locaux pour résister à la progression du RN et à l’union de la gauche.” Pour résumer, dans certaines circonscriptions, LR et Renaissance ont désigné un·e candidat·e que Mediapart qualifie de “low-cost”, en sachant pertinemment qu’il·elle n’avait aucune chance, afin de favoriser un·e candidat·e de l’autre parti. Comme face à Aurore Bergé ou Gabriel Attal pour la majorité présidentielle, ou Olivier Marleix côté LR.

La présente candidature d’Héloïse Baradel relève-t-elle de cette catégorie ? A-t-elle confirmé sa désignation en sachant qu’elle n’avait que peu de chances de l’emporter, favorisant ainsi la candidature de la députée sortante issue de la majorité présidentielle, Élodie Jacquier-Laforge, tout en contribuant au nombre total de candidatures LR hors alliance avec le RN ? Peut-on y voir aussi une façon de mettre le pied à l’étrier, d’entamer une carrière politique personnelle par une première élection d’envergure ? Quand on sait qu’on ne va pas gagner, on ne perd pas vraiment… ce qui ne préjuge en rien, évidemment, de son avenir en politique, qu’on lui souhaite radieux.

Peut-être est-ce aussi ce qui a motivé Luc Rémond, pourtant maire LR de Voreppe, à déclarer son soutien à la députée sortante. Plusieurs élu·es de la majorité de droite au Département ont également appelé à voter pour la candidate macroniste dès le premier tour, alors même qu’une candidate LR était en campagne. “Anne Gérin (Voiron – encartée au Parti radical), Imen de Smedt (Sud-Grésivaudan) et Bernard Perazio (Sud-Grésivaudan), tous dans la majorité de droite Pour l’Isère de Jean-Pierre Barbier, appellent à voter, dès le premier tour, pour la députée sortante Élodie Jacquier-Laforge (Modem/Ensemble pour la République)”, écrivait ainsi Le Dauphiné libéré le 24 juin. Précisons qu’Anne Gérin est aussi adjointe de Luc Rémond à Voreppe.

Le quotidien notait au passage que “Julien Polat, maire de Voiron, et binôme d’Anne Gerin, n’est pas cosignataire de ce texte. Lui s’est affiché sur la photo de famille, lors de la présentation des candidats LR près d’Héloïse Baradel, tout en restant (jusqu’ici) plutôt en retrait de la campagne.” Un peu comme Héloïse Baradel, finalement.

Une réponse à « Législatives 2024 : une candidature-fantôme pour LR à Voiron ? »

  1. Avatar de Législatives 2024 : le soutien très discret du maire de Voiron à la députée MoDem – Rue Haute

    […] On avait écrit, en revenant sur la candidature LR d’Héloïse Baradel dans la 9e circonscription et en citant l’article du Dauphiné libéré, que le maire de Voiron n’était guère sorti du bois quant à la campagne de sa conseillère municipale déléguée. […]

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