Recours au tribunal ou non, King Jouet a confiance dans son dossier : l’entreprise compte lancer la construction de son nouveau siège dès le début de l’année 2026. Quant aux travaux de la rampe d’accès au futur reliquat du parking des Frères-Tardy, ils devraient débuter en décembre. Entre les panneaux affichés sur les grilles du parking actuel, l’interview de Coralie Gueydon sur ICI Isère et le courrier diffusé dans les boîtes aux lettres des riverains, l’offensive comm’ reprend du poil de la bête.
Début octobre, on avait déjà observé les premiers travaux d’aménagement de la rampe qui donnera accès, lorsque les travaux du nouveau siège de King Jouet occuperont une partie du parking actuel des Frères-Tardy, aux places de stationnement qui subsisteront en attendant le futur parking-silo prévu par l’exécutif municipal. Un parking en ouvrage qui devrait coûter la bagatelle de 6,75 millions d’euros à la Ville (qui, il est vrai, recherchera les habituelles subventions du Département et de la Communauté d’agglo du Pays voironnais – cela reste de l’argent public).
En cette fin de novembre, les choses se confirment quelque peu. King Jouet a ainsi installé toute une série de panneaux sur les grilles du parking des Frères-Tardy, côté ville, afin de communiquer sur son projet. Sous le titre « Construction pour mi-2027 des nouveaux bureaux de l’entreprise King Jouet, d’une micro-crèche et aménagement d’espaces verts », l’entreprise dirigée par Philippe Gueydon déploie ses arguments. Rien de bien nouveau sous le soleil voironnais, à quelques éléments près.
On passera sur les coquilles qui émaillent ces éléments de langage (« Scanez-moi », « avec un volume qui ne dépasseront pas ») pour s’attacher à trois dimensions.
« Retour en centre-ville »… après avoir créé la ZAC des Blanchisseries
King Jouet souligne d’abord l’importance de son « retour en centre-ville ». Plutôt piquant, venant d’une entreprise dont le patron a lui-même admis avoir contribué aux difficultés des commerces de centre-ville avec la création de la ZAC des Blanchisseries. Philippe Gueydon n’a-t-il pas confié au Dauphiné libéré, en marge de la réunion « publique » (mais réservée aux riverains, et encore, pas forcément à tous) organisée en juillet 2024 :
« Je pense qu’on a vécu de nombreuses années avec un développement de la périphérie. On y a contribué nous-mêmes avec différents projets. Peut-être qu’aujourd’hui, le balancier repart dans l’autre sens. »
Mieux vaut tard que jamais. En revanche, on voit mal comment le patron de King Jouet justifie l’argument selon lequel cette nouvelle implantation du siège social pourrait « créer un cercle vertueux du vivre/travailler/consommer en un même lieu ». Jusqu’à nouvel ordre, cela tient surtout du slogan marketing, car aucune étude n’a été publiée qui déterminerait l’impact (positif comme négatif) d’une telle installation de bureaux à proximité de la gare. Rappelons que le siège de King Jouet est encore situé aux Blanchisseries, à quelques arrêts de bus du centre-ville, et qu’en matière de « travailler/consommer en un même lieu », les Gueydon n’ont guère fait mieux que cette zone commerciale.
On ne voit pas plus clairement comment cela pourrait « renforcer l’attractivité du centre-ville de Voiron » dans son ensemble, au-delà des salariés de l’entreprise. Quel touriste ferait un détour par Voiron pour admirer un bâtiment de bureaux, si remarquable soit-il du point de vue énergétique et environnemental ? En définitive, ce « retour aux origines » revendiqué n’est un argument que pour l’entreprise même et la famille qui la dirige.
Une « promenade paysagère » PMR non admises ?
La fameuse « promenade urbaine paysagère », ensuite, doit courir « depuis la gare jusqu’aux Caves de la Chartreuse ». Dans les plans intégrés à la demande de permis de construire, il n’était question d’un tel cheminement que jusqu’à la seconde entrée du parking-silo côté Mille-Pas, avant de passer à une surface herbeuse. Voici l’un des plans fournis au service de l’urbanisme par Philippe Gueydon par le biais de la société Fijace, alors pilote du projet (et qu’il dirige) :
Selon King Jouet, ce passage « retissera le quartier de la gare ». Vraiment ? On pourrait aussi remarquer qu’il doublonnera largement avec le trottoir de l’avenue Léon-et-Joanny-Tardy. Si l’on en croit un nouveau plan affiché sur les grilles (ci-dessous), que, dans un premier temps, la « promenade » longera ce qui restera du parking en surface, pour aboutir à l’extrémité du terrain de Mille-Pas, côté caves de Chartreuse, sans qu’il soit possible de véritablement identifier de quelle manière elle se connectera à cet endroit au parking des caves.
D’autant qu’il existe a priori une vraie différence de niveau entre les deux tènements : doit-on s’attendre à de futurs escaliers ? Et dans ce cas, quid des familles avec poussettes et des personnes à mobilité réduite ? Devront-elles rebrousser chemin, comme pour la passerelle Baltiss ?
Ce nouveau plan est, au demeurant, plutôt négligent dans ses proportions. En effet, il laisse penser qu’en allant au bout du parking des Frères-Tardy, au niveau des bâtiments des caves qui longent la voie ferrée, on se trouve à peu près à l’extrémité du jardin de Mille-Pas. Cela oblitère totalement toute la partie du parking des caves qui jouxtent le mur mitoyen de Mille-Pas :
La « promenade » – partagée, rappelons-le, par les piétons et par les cyclistes qui se dirigent vers le parking vélos – « offrira davantage de surfaces végétalisées et perméables ». On imagine qu’ici, King Jouet évoque la totalité du projet et non la simple « promenade paysagère ». L’argument ne tient pas davantage la route, cependant.
D’abord, la partie non construite du terrain entourera – et pas sur une largeur particulièrement impressionnante – un bâtiment de bureaux et un parking en surface (bientôt un parking-silo). Elle longera d’un côté les voies ferrées, et de l’autre l’arrière des bureaux de coworking et de certains bâtiments de l’ensemble Mille-Pas.
Ensuite, il est plutôt aisé de se prévaloir de « davantage de surfaces végétalisées et perméables » lorsqu’on part d’un parking complètement minéralisé – une promesse de campagne de Julien Polat pour les municipales 2014, et qui a valu à son adjoint à l’urbanisme d’alors, Bruno Gattaz, une récente condamnation au pénal. Sur une surface totale de 6.723 m², on peut y construire un bâtiment de bureaux de quelque 860 m² d’emprise au sol et un parking-silo (de 1.696 m² d’emprise au sol selon le projet initial de King Jouet), cela laisse une belle marge pour de l’herbe et des arbres. Surtout, cela donne l’illusion d’un projet écolo, alors que d’autres possibilités avaient été envisagées sur cette double parcelle en bord de gare… et notamment un parc public.
Micro-crèche : un « jardin privatif », mais où ?
La micro-crèche, enfin, semble désormais profiter d’un « jardin privatif ». Sauf erreur, c’est nouveau, je n’en ai vu aucune mention jusqu’à présent. Et l’on voit mal où cet espace vert réservé aux enfants se situe réellement :
Entre le bâtiment et la voie d’accès au futur parking-silo (à gauche sur le plan ci-dessous) ? Pas très agréable pour les petits… En outre, c’est le côté où se situent également l’accès pour le personnel et l’entrée livraisons pour la micro-crèche.
À côté de la crèche côté gare ? Cela le situerait devant l’entrée des bureaux proprement dite. Il existe effectivement un petit bout de terrain de ce côté, mais avec un arbre prévu en plein milieu. Et ce micro-lopin sépare l’entrée des bureaux de la « promenade urbaine paysagère »… Guère propice à la découverte de la nature.
Devant le bâtiment de bureaux côté nord (en bas sur le plan ci-dessus) ? Cela paraît peu probable, car il y reste peu d’espace entre la façade et le passage qu’emprunteront piétons et cyclistes.
Reprenons néanmoins le plan affiché sur les grilles. On peut y lire « Espace de jeux sur promenade piétonne ». Il semble donc bien que ce soit la troisième solution qui ait été retenue. Quid de la sécurité des enfants ? Cette partie devant la crèche sera-t-elle grillagée ? Qu’en est-il de l’entrée de la crèche elle-même ?
Rien n’est très clair non plus à ce sujet sur le plan de la micro-crèche fourni dans le cadre de la demande de permis de construire :
Il faut consulter le dossier de permis de construire modifié pour obtenir confirmation que ce jardin est bien constitué du petit lopin d’herbe entre l’entrée du bâtiment de bureaux et le passage piétonnier et cycle :
Coralie Gueydon : « Les recours ne sont pas suffisamment fondés pour être vraiment un frein au projet »
Période de Noël oblige (oui, dès le 25 novembre), Coralie Gueydon, fille de Philippe et directrice générale adjointe de King Jouet, répondait aux questions d’ICI Isère ce mardi matin. La fin de l’interview a permis de revenir sur le dossier du futur siège de l’entreprise.
Esprit de Noël ou non, et contrairement au mode de communication adopté en février par les dirigeants de King Jouet, où ceux-ci menaçaient à mots à peine couverts de délocalisation si leur projet de construction venait à capoter, la DGA du groupe s’est voulue rassurante :
« Alors, si tout se passe bien, mais on sait que dans les travaux, c’est toujours un peu… Ça ne se passe jamais comme prévu. En tout cas, on l’espère, ça sera pour début d’année 2026, le lancement officiel des travaux. On est très confiants et très heureux que ça commence. »
Pourtant, s’est étonnée la journaliste, des recours en justice ont été introduits contre ce projet. « On estime que les recours qui sont en face ne sont pas suffisamment fondés pour être vraiment un frein au projet, qui apporte quand même une vraie manne de consommation pour le centre-ville voironnais », a rétorqué Coralie Gueydon.
Une « vraie manne de consommation » ? Apparemment, l’enthousiasme est généralisé : « Les commerçants sont unanimes, ils sont très heureux de nous voir arriver. Ça fait sens aussi pour nos collaborateurs qui pourront prendre le train, le bus pour venir. Donc pareil, des modes de consommation doux. »
Et puis, n’oublions pas la laideur du parking inauguré par Julien Polat en décembre 2014 : « Aujourd’hui, on parle vraiment d’une grande langue de béton qui n’a rien de très agréable. On vient la végétaliser sur plus d’un tiers. Donc vraiment, on arrive avec un projet très qualitatif. »
Les recours, pourtant, sont effectivement toujours pendants, qu’il s’agisse de celui introduit par des élu·es minoritaires au conseil municipal et des citoyen·nes (contre les délibérations en conseil municipal qui ont acté la vente de la parcelle à King Jouet – vous pouvez (re)lire nos articles consacrés à ce recours ici, ici et ici), ou par un particulier (contre le projet en lui-même).
Pas de quoi décourager l’entreprise, cependant : on me signale que les riverains ont reçu dans leur boîte aux lettres un courrier précisant que la construction de la rampe d’accès au futur reliquat de parking débutera dès le mois de décembre (il s’agissait d’attendre la fin de la foire de la Saint-Martin, sachant que de nombreux forains logent – ou plutôt logeaient – sur cet emplacement chaque année), et que le chantier du siège de bureaux commencera début 2026 pour se prolonger jusqu’en 2027.
[MISE À JOUR 26/11/25] Le mur extérieur du parking a d’ores et déjà été abattu ce 26 novembre au matin. En avance, donc, sur le calendrier communiqué aux riverains. Selon l’arrêté municipal du 10 novembre, le stationnement est interdit du 18 novembre au 19 décembre.
Vincent Degrez
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