Pour la première fois, le RN est non seulement présent au second tour dans la 9e circonscription de l’Isère, mais sa candidate pointe largement en tête au premier.

Cécile Bène (RN) pointe largement en tête au premier tour, avec 34,04% des votes exprimés au niveau de la circo, quasiment le double de 2022 (19,25%, soit +14,79%). À plus de 6 points de pourcentage derrière elle, on retrouve Sandrine Nosbé (27,99%) et la députée sortante, Élodie Jacquier-Laforge (27,26%), toutes deux en baisse par rapport à 2022 (respectivement -2,55% et -2,7%).

Héloïse Baradel ferme le ban avec 7,72% des votes exprimés ; elle divise ainsi quasiment par deux le résultat de Bruno Gattaz en 2022 (12,27%, soit -4,55%).

Au-delà des pourcentages, il est intéressant de regarder le nombre de voix obtenues, avec une participation aussi considérable que celle du premier tour cette année. Comme le montrent les graphiques ci-dessous, tout le monde ou presque progresse : Cécile Bène a gagné près de 15.000 voix, soit une hausse de plus de 150%. Côté Nouveau Front populaire, Sandrine Nosbé a convaincu un peu plus de 4.500 votants de plus qu’en 2022 (+30%), tandis qu’au sein du Modem-Ensemble, Élodie Jacquier-Laforge a engrangé 4.326 voix supplémentaires (+29%).

Les suivants, en revanche, ont sensiblement baissé cette année : Héloïse Baradel (LR) a abandonné 667 voix (-13%), Salvador Vero 1.392 (-78%).

Second tour : désistement or not désistement…

La question qui se pose à présent est évidente : l’une des candidates concurrentes du RN au second tour va-t-elle se désister au profit de l’autre ? Ou vont-elles toutes deux jouer le jeu de la triangulaire, au risque que Cécile Bène décroche la députation ?

Front républicain oblige, on pourrait imaginer que ce serait à la n° 3 de se retirer en appelant à voter pour la n° 2, en l’occurrence Élodie Jacquier-Laforge au profit de Sandrine Nosbé.

Problème : l’écart entre les deux candidates au premier tour est infime, 518 voix. Au premier tour de 2022, la différence était encore plus faible : 290 voix. Cela n’avait pas empêché la députée sortante de remporter le second tour par 53,8% contre 46,2%, avec 3.454 voix d’écart.

La configuration actuelle est évidemment très différente, flambée du Rassemblement national oblige. La candidate RN ne paraît pas disposer d’une réserve de voix immense, ceci dit : Reconquête est quasiment réduit à néant dans la 9e circonscription (moins de 400 votes), et les votants LR, si certains d’entre eux pourraient être tentés par un vote d’extrême droite au second tour, représentaient malgré tout moins de 6.000 voix au premier tour.

Dans l’état actuel des choses, et en se basant uniquement sur les votes du premier tour, il faudrait à Élodie Jacquier-Laforge 4.800 voix de plus pour dépasser d’un cheveu Cécile Bène. Soit 88,8% de l’ensemble des voix récoltées par Héloïse Baradel. En 2022, la députée sortante avait visiblement réussi à fédérer des voix LR et au-delà pour le second tour (un second tour sans triangulaire, rappelons-le). Sera-t-elle tentée de se maintenir au second tour en 2024, malgré la triangulaire ?

À ce sujet, on me signale qu’une pétition a été lancée par le groupe local des Victoires populaires, une association qui agit pour la victoire du Nouveau Front populaire, afin d’inciter Élodie Jacquier-Laforge à se désister au profit de Sandrine Nosbé. Son argument ? “La 3e place ordonne de renoncer au trajet direct vers nos idéaux politiques pour choisir le chemin qui nous éloignera le moins d’eux. Aucun parti, aucun·e candidat·e se revendiquant des valeurs démocratiques ne peut ignorer le péril qui surviendra si le barrage cède – à moins de s’en rendre complice.” Un apéro est prévu ce lundi 1er juillet à 18h30 au café Benoît pour évoquer les prochaines actions. La pétition : https://chng.it/dfYvBXgv7p

9e circo de l’Isère : les scores des candidats aux législatives depuis 2012

Petit complément : j’ai réalisé rapidement deux graphiques historiques reprenant les scores des principaux partis au premier tour des législatives dans la 9e circonscription depuis 2012.

Où l’on voit la baisse constante de l’UMP/LR chez nous depuis la candidature de Julien Polat en 2012, que ce soit en nombre de voix ou en pourcentage des votes exprimés.

Côté FN/RN, le creux de 2017 s’observe aussi sur les deux graphiques, avant la remontée opérée en 2022 et la flambée de 2024.

Pour le Modem, la situation est plus contrastée entre pourcentages et total des voix engrangées, avec un pic à plus de 39% pour Élodie Jacquier-Laforge au premier tour en 2017, puis une baisse en pourcentage les deux élections suivantes. En revanche, pour ce qui concerne le nombre de voix, elle a fait encore mieux cette année que voici sept ans.

Pour la gauche, LFI affiche une situation quelque peu similaire en 2022 et 2024 : un net gain en nombre de voix, et une légère baisse en pourcentage, succès du RN oblige. Notons cependant qu’en 2017, nous avons repris le score d’EELV, mais que LFI avait présenté sa propre candidate, qui avait obtenu un score quasi identique à celui du candidat écologiste (13,24% contre 13,74%). Néanmoins, aucun des deux n’avait accédé au second tour, dominé par Élodie Jacquier-Laforge (Modem) et Bruno Gattaz (LR).

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