Bayrou à Voiron : entre immigration, délinquance et immigration

François Bayrou, Premier ministre depuis le 13 décembre, était à Voiron en juin dernier pour soutenir la députée centriste Élodie Jacquier-Laforge en vue des législatives anticipées. Avant de visiter le marché de Voiron, le président du MoDem participait à une rencontre dans la permanence de « sa » députée. L’occasion, pour lui, de fusionner les « extrêmes », de lier délinquance et immigration, et de jouer sur la peur pour réaffirmer que, décidément, seule la voie du centre mènerait à un avenir radieux.

Deux semaines avant le premier tour des législatives anticipées, François Bayrou était présent à la permanence de sa candidate, la députée Élodie Jacquier-Laforge, à Voiron. En ce matin de 19 juin, le président du MoDem a, durant 25 minutes environ, discuté des européennes tout juste terminées et des deux tours des législatives à venir :

« Cette élection-là [les législatives anticipées, annoncées le soir même des européennes par le président Macron], elle sera dans les livres d’histoire. C’était inattendu, c’est une décision qui a été un choc, après un scrutin qui a été un choc. Mais c’est une situation révélatrice. Pour la première fois, dans une élection, il n’y a pas de faux-semblants. Tous ceux qui disent blanc et pensent noir, et il y en a pas mal de tous les bords, cette fois-ci ils sont dévoilés.
Et c’est une situation qui est devenue une situation simple. Très dangereuse, mais simple. Il y a trois blocs, il y a trois offres politiques, et il y a deux blocs qui sont, à mes yeux, un danger capital pour le pays. »

Si l’on peut rêver d’élections sans « faux-semblants », on peut constater que, durant ces législatives anticipées, ce sont les électeurs du NFP qui ont le plus joué le jeu républicain, en se portant massivement vers les candidats macronistes ou de droite en cas de duel avec le RN.

« Les hésitations du camp présidentiel [dont fait partie le MoDem] dans le fait d’intégrer LFI au “front républicain” ont peut-être eu un effet sur la solidité du “barrage” au RN », écrivait ainsi l’équipe CheckNews de Libération. « Ainsi, moins de la moitié (43%) des électeurs d’Ensemble au premier tour ont voté pour un candidat LFI lorsqu’il était face à un candidat RN » au second tour, tandis que « 19% d’entre eux ont même voté pour le candidat d’extrême droite, quand 38% se sont abstenus ou ont voté blanc ».

Précisons qu’Élodie Jacquier-Laforge, arrivée en 3e position au premier tour des législatives anticipées dans la 9e circonscription de l’Isère, n’a pas maintenu sa candidature au second tour. Sans pour autant appeler à voter pour la candidate du NFP, Sandrine Nosbé (qui remportera le second tour), préférant faire « confiance aux électeurs de la 9e circonscription de l’Isère pour décider de l’avenir de ce territoire ». Détail curieux : ce communiqué de presse, publié le mardi à 14h (alors que de nombreux désistements en France étaient dévoilés dès le dimanche soir ou le lundi), n’était pas signé par la députée elle-même, mais par son équipe de campagne.

Dans la permanence de celle qui est encore députée de la 9e circo, François Bayrou détaille d’abord sa vision du Rassemblement national (dont il parle toujours sous le vocable « Front national », bien que le changement de nom du parti lepéniste date de 2018) :

« Un bloc à l’extrême droite, dont, si on connaît l’histoire, on se dit que c’est un risque qu’on ne peut pas prendre. Tout ce qui conduit à la sortie de l’Europe est complètement fou. Et dire, par exemple, ce que dit le Front national : bon, cette fois-ci, on ne dit pas qu’on sortira de l’Europe, mais on ne remplira pas les obligations qui sont les nôtres ; (…) les autres vont dire : vous êtes donc sortis… Vous prenez un engagement, qui est de dire on participe, on respecte les textes que l’Union européenne, que les 27 pays – avec l’accord des Vingt-Sept ! Il n’y a aucune décision européenne qui soit prise contre l’accord d’un pays. »

Cette affirmation est foncièrement imprécise, voire inexacte. L’unanimité au sein du Conseil de l’UE n’est requise que pour les dossiers sensibles, tels que les affaires étrangères, la justice et les élargissements. Pour la grande majorité des domaines (80% des actes législatifs), le Conseil vote à la majorité qualifiée, soit au minimum 15 votes sur 27.

Ensuite, François Bayrou ne qualifie pas toujours aussi clairement et ouvertement le RN de parti d’extrême droite. Dans son interview sur BFMTV le 23 décembre 2024, par exemple, il s’y refuse, se bornant à dire que le parti de Marine Le Pen « ne respecte pas un certain nombre de valeurs et de principes ; il est protestataire ».

Une dimension à éclairer aussi par ce communiqué de Xavier Bertrand, qui n’aura finalement pas reçu le maroquin qu’il convoitait (le ministère de la Justice) dans le gouvernement Bayrou, et qui dénonce « un gouvernement de la France formé avec l’aval de Marine Le Pen ». Une accusation déjà largement portée contre le gouvernement de Michel Barnier.

Reviennent alors, dans le discours de François Bayrou à Voiron, l’assimilation, classique dans les rangs de la macronie, de La France insoumise à l’extrême gauche – alors même que le Conseil d’État, notamment, classe définitivement LFI et le Parti communiste français sous la catégorie « gauche », et le RN dans l’« extrême droite » –, et la quasi-fusion des « deux extrêmes » que représenteraient selon lui LFI et le RN.

« Et quand vous regardez les dangers de Poutine… Poutine, il a deux candidats sur trois dans cette élection ! Qui ont pris sa défense, qui ont plaidé sa cause, et qui ont bien l’intention de lui faciliter la tâche. Disant : l’Ukraine, on fera ce qu’on peut mais pas trop. C’est ça qu’ils disent. Qui ouvre le champagne ? C’est à Moscou qu’on ouvre le champagne. »

La Russie de Poutine, justement, lui sert de transition pour passer du RN à LFI et au Nouveau Front populaire – que François Bayrou rebaptise « Front de gauche », du nom de la coalition créée pour les européennes de 2009 sous l’égide du PCF, du Parti de gauche et de la Gauche unitaire, après qu’Élodie Jacquier-Laforge eut parlé, elle, de la Nupes de 2022 :

« Et de l’autre côté, le Front de gauche – et tu dis la Nupes, et c’est exactement ça, puisque c’est LFI le patron. LFI le patron, parce que, personne n’explique ça, ils ont signé un accord selon lequel ce serait le groupe le plus nombreux qui déciderait. Eh bien, le groupe le plus nombreux, ce serait LFI ! Ils ont au moins 50 circonscriptions de plus que les autres, et ils ont donné au PS – il y avait un article hier matin – des circonscriptions qui ne valent rien. »

Quelques jours plus tôt, les partis composant le NFP avaient en effet trouvé un accord de répartition des circonscriptions (« hors sortants », c’est-à-dire que les députés sortants du NFP gardaient quoi qu’il arrive la préférence) pour les législatives de juin-juillet 2024. Dans le détail : quelque 230 investitures sur 577 pour LFI, 170 pour le PS, 90 pour EELV et 50 pour le PCF. Soit, malgré tout, un certain rééquilibrage par rapport aux législatives de 2022, où LFI, forte de sa position post-présidentielle, s’était taillé la part du lion des investitures.

Le président du MoDem entre alors dans le vif du sujet, en analysant de plus près le programme du NFP, insistant sur une proximité supposée avec celui du RN :

« Et tout ça, c’est des dangers saisissants. Indiquer qu’on va supprimer toutes les barrières à l’immigration : vous voyez bien que c’est la même chose. Ceux qui disent “tous les problèmes viennent de l’immigration” et ceux qui disent “on va supprimer toutes les limites à l’immigration”, c’est la même chose ! C’est la même excitation des passions ! »

Un coup d’œil sur le programme du Nouveau Front populaire permet de voir que celui-ci n’évoque pas la suppression « de toutes les barrières à l’immigration ». En la matière, il prône notamment, sous le titre « Garantir un accueil digne » :

  • d’abroger les lois asile et immigration d’Emmanuel Macron,
  • de créer des voies légales et sécurisées d’immigration,
  • de réviser le pacte asile immigration européen pour un accueil digne des migrants.

En matière de régularisation, le NFP précise qu’il convient de « régulariser les travailleurs, étudiants, parents d’enfants scolarisés » et d’« instituer la carte de séjour de 10 ans comme titre de séjour de référence ».

François Bayrou change ensuite de sujet, cet enchaînement semblant créer un lien implicite entre immigration et délinquance :

« Et par exemple, tous les dispositifs de vidéosurveillance que les mairies ont installés. Nous, nous avons fait baisser la délinquance de moitié à Pau, ou de 30% en tout cas, grâce à la vidéosurveillance. Quand j’ai été élu, il n’y avait pas une caméra ; maintenant, on a un vrai dispositif. La justice, le procureur de la République nous demandent des images de vidéosurveillance plus d’une fois par jour en moyenne. Parce que vous avez un délit, un vol, vous avez une agression, vous avez un meurtre, ou vous avez un automobiliste qui renverse une vieille dame – je parle de faits réels –, eh bien c’est grâce à la vidéosurveillance qu’on arrive à… [Il est interrompu par la députée.] »

J’ai déjà eu l’occasion d’étudier ici la question de l’efficacité des caméras de vidéosurveillance lorsque 23 voitures avaient été incendiées à Voiron dans la nuit, en juin dernier. Une efficacité loin d’être prouvée, sauf dans l’esprit de celles et ceux qui les font installer et des entreprises qui les installent.

Si l’on en croit le site Securestats, qui exploite les chiffres publiés par le ministère de l’Intérieur, la ville de Pau aurait effectivement vu baisser le nombre de vols (avec ou sans arme, cambriolages ou vols de véhicule, dans les véhicules, etc.) ces dernières années, mais exploser celui des coups et blessures volontaires (+78% entre 2016 et 2023) et de cas de violences sexuelles (+119%), par exemple. Le problème demeure d’attribuer la baisse de certaines formes de délinquance à la présence de caméras de surveillance.

Après ce passage par la ville béarnaise dont il est le maire, l’actuel Premier ministre revient sur le programme du NFP, réaffirmant au passage le lien qu’il établit entre délinquance et immigration :

« Et dans le programme, il y a : tous les dispositifs de vidéosurveillance seront réévalués, soumis à je ne sais quelle autorité. Comme si quelqu’un en France pouvait se plaindre de la vidéosurveillance. On a 160 caméras à Pau. Jamais quelqu’un n’a dit : Madame Unetelle sort de chez Monsieur Untel. Tout ça, c’est n’importe quoi. Il y a des règles absolues. Nous, c’est la police municipale qui est devant un mur de 10 mètres de long avec toutes les caméras, et tout incident est signalé immédiatement par eux à la police nationale. Parce qu’avant, quand j’ai été élu, les habitants des immeubles dans les quartiers disaient : il y a des deals dans le hall, on appelle la police, elle ne vient pas. Maintenant, elle vient parce que c’est la police municipale qui les appelle, et tout est enregistré. Je veux dire, l’efficacité de la sécurité, la raison dans la manière dont nous conduisons l’immigration… »

Sous l’onglet « Défendre les libertés publiques », le programme du Nouveau Front populaire indique effectivement sa volonté d’« interdire la reconnaissance faciale » et d’« évaluer de manière indépendante les dispositifs de vidéosurveillance en lien avec le défenseur des droits ».

Loin de faire appel à « je ne sais quelle autorité », la coalition de gauche accolait donc cette mesure à l’action du défenseur des droits. Une autorité administrative indépendante créée en 2008 et instituée en 2011, et dont le président du MoDem lui-même disait espérer, en 2011, que « cette action de défense concrète des droits des citoyens », ce défenseur des droits « doté de pouvoirs importants, identifié dans la vie publique », « rejoindra[it] en influence ses homologues de dizaines de pays démocratiques ».

François Bayrou et Élodie Jaquier-Laforge dans la permanence de la dépurée MoDem à Voiron, le 19 juin 2024.

Le sujet de la vidéosurveillance mène, on l’a vu, François Bayrou à reparler d’immigration, et à pointer peut-être la mesure prônée par le NFP qui lui paraît la plus problématique : le droit du sol intégral. Loupant au passage la longueur réelle de notre frontière avec le Brésil (730,4 km) – même en y ajoutant la frontière avec le Surinam (520 km), on n’arrive pas aux 1.500 km mentionnés par le président du MoDem :

« Dans le programme du Front de gauche et de LFI, il y a cette mesure qui vient de LFI : application totale du droit du sol. Cela veut dire : un enfant qui naît en France est automatiquement français. Vous vous rendez compte, quand vous habitez à Mayotte, quand vous habitez en Guyane ? Les gens ne savent pas que la plus longue frontière de la France, c’est avec le Brésil : 1.500 kilomètres. Parce que le département de la Guyane, sur le continent sud-américain, il a 1.500 kilomètres de frontières avec le Brésil. Qu’on n’arrive pas à contrôler, évidemment. C’est dans la forêt primaire, vierge, la plus profonde, où même la Légion étrangère, quand elle y va, progresse de 50 mètres par jour, tellement c’est inextricable. Et vous croyez qu’on va surveiller 1.500 kilomètres de frontières ? Mais c’est déraisonnable ! Ça n’a pas de sens ! C’est grave ! »

Effectivement, le programme du NFP insiste sur le fait de « garantir le droit du sol intégral pour les enfants nés en France et faciliter l’obtention de la nationalité française ». On remarquera d’abord que, si François Bayrou tend à fusionner les extrêmes, le programme du RN se situe, sur ce point, à l’opposé de celui du NFP, puisque le parti de Marine Le Pen prône la suppression pure et simple du droit du sol au profit de critères de mérite et d’assimilation.

Loin d’être une thématique « extrémiste » réservée à LFI, le droit du sol intégral est un vieux thème pour la gauche française. En 1997, par exemple, le projet de loi sur la nationalité de la ministre de la Justice, Élisabeth Guigou, a été l’occasion de discussions sur ce sujet au sein du Parti socialiste. Libération écrivait alors : « Certains élus, comme Véronique Neiertz (Seine-Saint-Denis), Bernard Roman (Nord) ou encore Gérard Fuchs (Seine-Maritime), ont plaidé pour un droit du sol intégral qui donne la nationalité dès la naissance en France. Laurent Cathala, député-maire de Créteil, a expliqué que le choix du gouvernement va “contre l’intégration” : “On ne peut pas demander aux gamins de suivre à l’école des cours d’instruction civique en leur disant : vous n’êtes français qu’à 16 ans.” »

Pour François Bayrou, la conclusion de tout ceci s’impose néanmoins : la seule voie possible est au centre.

« Et donc, des deux côtés, des dangers ; des deux côtés, de la haine, de la détestation. Il n’y a qu’un vote qui permette d’arrêter ces deux risques, d’empêcher les dérives, et c’est le vote pour le bloc central que nous présentons et qui est prêt à s’élargir et à accueillir des gens qui sont des républicains. C’est pourquoi on s’appelle “Ensemble pour la République”. Je ne veux rien céder, pas un millimètre, aux extrêmes. Et je pense qu’à partir de cette élection, une réalité nouvelle va forcément s’imposer. »

Un membre du public l’interroge : « Vous ne citez pas LR volontairement ? »
François Bayrou :

« Je ne sais pas où ils en sont, il faut dire la vérité. Comme vous le savez, LR a annoncé qu’au deuxième tour, ils voteraient pour le Front national. Ce qui veut dire : dis-moi pour qui tu votes au deuxième tour, je te dirai pour qui tu es. Je te dirai ce que tu es. Qui tu es. Voilà exactement la situation. »

Et le président du MoDem de tenter une comparaison dans le champ économique :

« Vous avez vu, depuis huit jours, les taux d’intérêt qui s’envolent. Qu’est-ce que ça veut dire, les taux d’intérêt qui s’envolent ? Oh, c’est une chose extrêmement simple. Les gens qui prêtent de l’argent, quand un pays leur paraît en risque, ils montent les taux. Et “ils montent les taux”, qu’est-ce que ça veut dire ? Vous l’avez vu pendant le Covid : on ne peut plus construire une maison, parce que les annuités, les mensualités sont trop lourdes. On ne peut plus acheter de l’électroménager, une voiture, on ne peut plus acheter un appartement. Ça bloque totalement l’économie.
Et qui va être victime ? Pas les riches. Ceux qui vont être victimes, c’est ceux qui travaillent, et risquent de perdre leur emploi modeste. Et donc, en prétendant les défendre, on les condamne. Et c’est cette réalité-là : danger maximal pour la France, pour son image, pour son économie et pour son influence. C’est ça, la situation dans laquelle on va se trouver. Danger intérieur, d’affrontements, vous avez vu les manifs dimanche dernier. Danger d’affrontements, je ne veux pas dire de guerre civile, mais d’affrontements entre citoyens. Cibler la population. »

Cette comparaison des finances d’un État avec celles d’une famille est jugée inopérante par de nombreux économistes. Pour l’« économiste atterré » Thomas Porcher, par exemple, « l’endettement est un épouvantail qu’on agite pour faire de l’austérité ».

Et à nouveau, l’immigration s’invite dans les propos de François Bayrou :

« J’ai assisté à une scène. Il y avait un monsieur qui traversait, et une voiture l’a frôlé. Ce monsieur était visiblement d’origine… française sans aucun doute, mais peut-être de la deuxième, troisième génération de l’immigration. L’autre gars a ouvert sa fenêtre et dit : “Dimanche prochain, c’est fini pour vous.” Je ne veux pas vivre ça. Je ne veux pas vivre ça. Enfin, ce n’est pas que je ne veux pas : je pense que notre devoir est d’empêcher que ce climat s’installe dans notre pays. Et il n’y a aucun doute que, si l’un des deux [le RN ou le NFP] l’emportait, ce type de réaction de domination pour les uns et de révolte pour les autres créerait un climat extrêmement dangereux. Jamais élection n’a été aussi claire. Jamais élection n’a été aussi dangereuse. Mais jamais élection n’a été aussi claire. »

Interrogée par la journaliste du Dauphiné libéré sur cette question du droit du sol, Élodie Jacquier-Laforge nuance :

« Moi, ce que je souhaite, ce que je porte et défends – et c’est un sujet qui m’a conduite justement à avoir ce déplacement à Mayotte –, c’est que, pour moi, le sujet majeur, le sujet principal à Mayotte, n’est pas la question du droit du sol. Ce sont à mon sens les impératifs économiques, la meilleure gestion de la protection de l’île, un durcissement aussi peut-être dans les relations avec les Comores. Et ce qu’il faut bien voir aussi – François parlait de l’ingérence russe –, les ingérences russes se font aussi dans le canal du Mozambique. Et pour avoir rencontré les Mahorais, je sais qu’ils sont extrêmement inquiets de la situation, et qu’ils voient un nombre important de Comoriens venir sur leur île, puisque c’est quasi la moitié de la population, et en plus quasi des mineurs… »
F.B. : « … et d’Africains… »
É.J.-L. : « … et maintenant d’Africains, justement avec les ingérences russes de la région des Grands Lacs. À mon sens, l’urgence n’est pas une révision constitutionnelle qui viendrait créer deux types d’acquisition de la nationalité. Voilà ma position. »

François Bayrou clôt le débat sur cette question de l’immigration qui, décidément, aura occupé une bonne part de sa prise de parole dans la permanence de la députée centriste.

« Pour sortir de la question strictement mahoraise, qui va être victime de l’ouverture complète à l’immigration ? Je vais vous le dire. Ce sont les immigrés qui sont en situation régulière chez nous. Et ce sont les enfants d’immigrés, et les petits-enfants d’immigrés qui, eux, ont marné pour obtenir le travail et les papiers. Eux vont être les victimes immédiates de tout ça. Parce qu’il y aura un amalgame. Regardez comment l’extrême droite pense ce sujet-là ! Moi j’en connais qui ont pleuré, et pourtant intégrés ! Vous avez entendu ce qu’a dit Kylian Mbappé, qui s’est prononcé courageusement : le sentiment qu’un jeune homme, une jeune femme, une personne plus âgée, qui ont un nom qui rappelle leur ascendance, ou une couleur de peau, ceux-là vont être les victimes. Ils vont être ciblés. Et pas ciblés seulement par la police ou la loi, mais ciblés par les gens qui disent : “Dimanche prochain, c’est fini pour vous.” C’est ça qu’on entend.
Et pour moi, ça, si on est, pas seulement républicain, mais un homme ou une femme digne de ce nom, on ne l’accepte pas. Moi, je ne veux pas qu’il y ait des enfants qui pleurent à l’école parce qu’on leur dira : toi,
[bruit de sifflement et geste signifiant « dehors »]. Vous savez, les cours de récréation, c’est dur, hein. C’est plus dur qu’on ne le croit. Et il y a des enfants dont les parents votent pour ce type d’extrémisme, et qui, dans la cour de récréation, croient légitime d’imiter ce qu’on dit à la maison. Et ça, réfléchissez à ce que ça pourrait être. »

Puis le président du MoDem et la députée se lèvent pour visiter le marché de Voiron du mercredi matin.

Rappelons que François Bayrou est toujours concerné par le procès des assistants parlementaires de l’UDF et du MoDem, le parquet ayant fait appel de la relaxe prononcée par le tribunal correctionnel « au bénéfice du doute ». Le parquet avait requis 30 mois d’emprisonnement avec sursis, une amende de 70.000 euros et trois ans d’inéligibilité avec sursis à son encontre.

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