Alliance RN-UDR : à Voiron, le fond de LR n’est pas si frais

Une invitation avait circulé quelques jours plus tôt : le Rassemblement national et le parti ciottiste UDR ont organisé une réunion publique commune le 15 avril dans la salle Marcelle-Boudias à Voiron. Une centaine de personnes ont répondu présent. Entre immigration, Algérie, déserts médicaux et municipales à venir, la soirée a surtout été l’occasion de flinguer LR et ses « gesticulations ». Rue Haute y a assisté pour vous.


Dans cet article, vous apprendrez peut-être que…

  • Des élus de l’alliance RN-UDR ont organisé une réunion publique à Voiron cette semaine
  • La majorité du temps de parole a été consacrée à dénoncer le « manque de courage » de LR
  • L’alliance RN-UDR compte construire des listes communes dans l’Isère pour les municipales de 2026, « parce qu’on peut gagner un certain nombre de communes dans votre département »
  • Les élus présents se sont autorisé quelques approximations dans leurs arguments
  • Aucune alliance ne semble envisageable avec le parti Reconquête d’Éric Zemmour
  • En revanche, les élus RN-UDR misent sur une masse d’électeurs LR prêts à voter pour l’alliance d’extrême droite aux prochaines élections

L’alliance RN-UDR a organisé une réunion publique à la salle Marcelle-Boudias, ce mardi 15 avril à Voiron. À l’invitation d’Hanane Mansouri (députée UDR de la 8e circonscription de l’Isère et secrétaire générale du parti d’Éric Ciotti), Thierry Perez (député RN de la 10e circo de l’Isère), Laurent Castillo (député européen UDR) et Edwige Diaz (députée RN de la Gironde et vice-présidente du RN chargée de l’implantation locale) ont répondu aux questions du public.

La centaine de personnes présentes – des convaincus, des curieux, des critiques, majoritairement des seniors et des jeunes, dont un arborant un sweatshirt du syndicat étudiant UNI ­– a rempli la salle.

Dans les réponses des élus d’extrême droite davantage que dans les questions de l’audience, le parti Les Républicains a occupé beaucoup de place. Sur quasiment tous les sujets évoqués, la discussion se recentre vite sur une attaque en règle de LR, de ses (non-)résultats et de ses ministres.

En revanche, le sujet de la condamnation de Marine Le Pen (à quatre ans de prison dont deux avec sursis, 100.000 euros d’amende et cinq ans d’inégibilité avec exécution provisoire) dans le dossier des assistants des députés européens du RN, n’a pas été mentionné. Si ce n’est par Edwige Diaz, au détour d’une phrase sur le meeting organisé par Marine Le Pen et Jordan le 6 avril à Paris, place Vauban – un « succès », pour la députée du Rassemblement national, « contrairement à ce que tous les médias ont dit ». Elle cite le chiffre de 10.000 personnes présentes au rassemblement du RN ; la police parle plutôt de 7.000, contre 5.000 pour la contre-manifestation organisée par la gauche.

RN-UDR : ces ex-LR qui flinguent leur ancien parti

Remarquons d’emblée que trois intervenants sur quatre sont passés par les rangs de LR avant de se déplacer un peu plus à droite sur l’échiquier politique.

Laurent Castillo, qui occupe actuellement son premier mandat d’élu au Parlement européen, dit avoir été amené au Parlement européen par son métier : « Je suis médecin, professeur des universités, chef de service au CHU de Nice. J’ai été placé sur la liste des LR à l’époque, derrière François-Xavier Bellamy, au Parlement européen, pour une chose que je connais bien : le secteur de la santé. (…) Au Parlement européen, je fais encore partie du PPE (le Parti populaire européen, groupe d’inspiration démocrate-chrétienne et libérale-conservatrice, dont est notamment issue Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, NDLR), même si je mange plus souvent avec Jordan Bardella. »

Edwige Diaz a précisé cette partie de son parcours : « Moi aussi, je suis une ancienne UMP. Je vote Marine depuis 2012, mais en 2007, j’ai voté pour Sarkozy. Comme tout le monde, en fait, pour le “travailler plus pour gagner plus”, pour le karcher, pour tout ça. On attend toujours ! Je me suis détournée de Sarkozy pour rejoindre Marine Le Pen, et je pense que c’est la meilleure chose que j’ai faite de ma vie. »

Quant à Hanane Mansouri, militante à l’UNI durant ses études à l’université Grenoble-Alpes, militante chez les Jeunes Républicains de l’Isère dont elle a été nommée présidente par Yannick Neuder (actuellement ministre délégué chargé de la Santé, alors député et président de la fédération LR de l’Isère) avant de passer la main, elle a rejoint l’UDR lancé par Éric Ciotti pour les législatives de 2024.

Hanane Mansouri congratulée par Yannick Neuder en juin 2022, sur fond de campagne pour les législatives. « Un grand merci à Yannick Neuder pour cette belle campagne  », écrivent les Jeunes Républicains 38 sur leur page Facebook (dont est tirée cete photo). « Merci les jeunes pour tout (sic) votre aide pendant cette campagne  », répond le patron de LR dans l’Isère.

À 24 ans, sa vision de l’engagement politique diffère forcément de celle de ses voisins de table : « Pour les jeunes, j’ai ressenti une grande différence en quittant les Républicains et en rejoignant l’union nationale : le RN et l’UDR ont la capacité de faire confiance aux jeunes. Et ça, c’est vraiment agréable pour nous, en tant que militants, en tant que jeunes qui s’investissent dans un parti politique. Et puis, pour un peu caricaturer et donner la version de la gauche, qui aurait imaginé qu’une personne d’origine maghrébine serait élue aux côtés du RN, sur une affiche avec Jordan Bardella et Éric Ciotti ? » Rires dans la salle.

Hanane Mansouri (debout à gauche) à l’apéro de rentrée de l’UNI Grenoble en septembre 2024, à côté d’Yvenn Le Coz, délégué national de l’UNI. Sur la droite, on aperçoit Alain Carignon. Photo tirée du compte X de l’UNI Grenoble.

UDR-RN : un mariage sans nuages face à « La France islamiste »

La météo semble au beau fixe entre les élus RN et ciottistes, si l’on en croit Laurent Castillo et Edwige Diaz. L’occasion, à nouveau, de tacler Les Républicains, « la droite la plus conne du monde » pour le premier :

« J’ai entendu pendant toute la campagne des européennes une chose qu’on me disait partout et que j’ai rapportée à Éric Ciotti : “Vraiment arrêtez, les LR, arrêtez, il faut que vous fassiez l’union.” Et je crois que j’ai un peu participé à cela en en faisant part à Éric Ciotti. On a dit : “Vous êtes la droite la plus conne du monde”, oui, probablement. Et [Éric Ciotti] a eu ce courage de se dire qu’il fallait qu’on se réunisse, parce qu’on a beaucoup plus de choses qui nous unissent que les petites variations qu’on peut observer. La gauche est capable de se réunir alors qu’ils n’ont rien en commun ; on a énormément de choses en commun, et c’est pour ça que je me suis engagé. »

Edwige Diaz insiste elle aussi sur la « très bonne ambiance » qui existe « entre les 125 députés du RN et les 16 députés de l’UDR, qui sont brillamment menés par Éric Ciotti ». Le même Éric Ciotti dont la députée girondine souligne le « courage qu’il a eu en nous rejoignant », un courage « dont nous nous satisfaisons chaque semaine, Marine et moi ».

Et l’élue RN de revenir sur les coulisses de cette union :

« Je suis vice-présidente du RN en charge de la formation et membre de la commission nationale d’investiture. Donc quand, le 9 juin, alors que tout le monde avait prévu de célébrer l’immense victoire de Jordan Bardella, qui nous a conduits à avoir 30 députés européens – un résultat historique –, à ce moment où l’on pensait savourer la soirée, on s’est vite retrouvés en bureau exécutif, suivi d’une commission nationale d’investiture réunie en urgence pour organiser la dissolution de l’Assemblée nationale.
Et quand l’accord a été scellé avec Éric Ciotti, cela s’est vraiment très bien passé. Le partage de circonscriptions s’est organisé dans de très bonnes conditions, qui a conduit à l’élection de nombreux députés UDR qui sont vraiment des camarades adorables. Cette union nationale, cette union des patriotes a vocation à perdurer longtemps. Et je pense que c’est même cette union-là qui nous permettra de remporter les prochaines élections. »

En vue : les municipales de 2026, en attendant la présidentielle un an plus tard. « Il faut s’y préparer, parce que l’année prochaine, il y a les élections municipales. Là, on est sûrs, on connaît la date (contrairement à une nouvelle dissolution éventuelle de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron, NDLR), ce sera au mois de mars. Avec Thierry [Perez] et la direction du parti, et en accord avec l’UDR, on travaillera ensemble pour construire des listes communes, parce que je pense qu’on peut gagner un certain nombre de communes dans votre département. »

Revenant par contraste sur l’attitude de la gauche à l’Assemblée nationale, Edwige Diaz dit avoir « affaire à des zozos, pour le dire poliment ; des zadistes, on peut les appeler comme ça aussi ».

« Vous avez vu ce qui s’est passé la semaine dernière avec les journalistes de Frontières ? C’est comme ça tout le temps ! Les LFIstes en face de nous, on les voit tous les jours – enfin, quand ils viennent. Eh bien, on les voit gesticuler, vociférer, insulter, etc. Mais on se dit, on espère en tout cas, que les gens finiront par ouvrir les yeux, qu’ils arrêteront de voter pour cette France insoumise qui est en réalité une France incendiaire, si ce n’est une France islamiste.
Il faut que les Français se rendent compte que ces gens sont dangereux pour la République, et que leurs alliés sont aussi frappés par cette indignité. Les socialistes qui essaient de se racheter une virginité, qui disent “non, nous on est un parti de gouvernement”, c’est faux, ils se sont vendus pour un plat de lentilles. Ils se sont alliés avec le pire de l’extrême gauche, le NPA, La France insoumise, les écologistes. Et vous, vous êtes servis avec Cyrielle Chatelain
(députée écologiste de la 2e circonscription de l’Isère et présidente du groupe Écologiste et social à l’Assemblée nationale, NDLR) dans votre département. C’est compliqué aussi de l’écouter… »

Wauquiez « élu grâce au retrait d’un candidat LFI » ? Pas tout à fait

La première question posée dans l’assistance est directement braquée sur Les Républicains : « Est-ce que vous pensez qu’il faut compter sur les LR pour la victoire de l’union des droites ? »

La réponse des intervenants est sans ambiguïté. « Je suis persuadé que, sur la liste des LR, avec François-Xavier Bellamy, qu’il ait manqué de courage ou pas, idéologiquement ils suivront », estime Laurent Castillo. « Même si je ne suis plus LR, il y a une grande partie (des électeurs ou des élus LR, ce n’est pas clair, NDLR) qui, au deuxième tour [de la présidentielle], nous rejoindront, et la victoire se fera au deuxième tour par ces gens qui se rendent compte qu’ils ont une part de responsabilité dans l’échec et dans ce qu’on vit aujourd’hui, à l’Assemblée nationale, dans ce pays qui est ingouvernable. »

Affiche de campagne d’Hanane Mansouri pour les législatives de 2024.

Hanane Mansouri pointe de son côté le gouffre qui existe, à ses yeux, entre les élus et les électeurs des Républicains :

« J’étais aux Républicains avant de franchir le cap et de rejoindre l’UDR. Et je crois beaucoup en l’avenir des Républicains… mais je parle ici de la base. D’ailleurs, dans la salle, je reconnais certains visages qui sont membres des Républicains encore : j’imagine, s’ils sont là ce soir, qu’ils sont en hésitation et que peut-être ils franchiront le cap. Parce que les Républicains ont été décevants, ils l’ont prouvé à de nombreuses reprises.
On va passer le cas de Valérie Pécresse, qui était quand même assez particulier et qui aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. Disons qu’on avait encore un espoir à ce moment-là. Pour moi, le moment le plus frappant a été la dissolution et la réaction qui a suivi, de la part de Républicains qui ont manqué de courage bien évidemment, mais qui ont aussi montré un écart avec ce que pensaient les militants LR.
S’ils votent à droite depuis des années, c’est parce qu’ils ont des convictions profondes, ils se sentent profondément patriotes, ils se retrouvent dans cette famille politique – peut-être par habitude, et je le conçois parfaitement. Mais aujourd’hui, tout ce que je peux vous dire, c’est que l’alliance [contre les partis d’extrême droite] qui a été nouée pendant les élections législatives était une alliance des contraires, et les Républicains y ont participé. Laurent Wauquiez, pas très loin d’ici, a été élu grâce aux voix de LFI. Il a été élu grâce au retrait d’un candidat LFI. Et ça il ne faut pas l’oublier. »

En réalité, Laurent Wauquiez s’est retrouvé seul face au RN au second tour des législatives, en juillet 2024, grâce au retrait d’une candidate écologiste, Celline Gacon, qui n’a pas appelé directement à voter Wauquiez.

Ce ne sera pas la seule approximation de la soirée. À une question sur les déserts médicaux, Laurent Castillo a répondu par une antienne anti-technocrates :

« Il faut se rappeler d’où ça vient. De certains énarques brillants, il y a quelques années, qui sont arrivés et qui se sont dit : “La santé nous coûte horriblement cher.” Alors, un énarque brillant est arrivé en disant que, si on réduisait le nombre de médecins, on réduirait le nombre de prescriptions, donc le coût des prescriptions des médicaments.
Et qu’est-ce qu’on a fait ? On a arrêté de faire des médecins. Qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ? On voit la catastrophe de ces gens totalement déconnectés, d’administratifs totalement déconnectés. »

Le chef de service niçois semble avoir oublié que « ce sont pourtant les médecins libéraux, en 1971, qui ont réussi à convaincre l’État de limiter leur nombre », éclairait un article de Public Sénat en janvier 2023. Le fameux numerus clausus trouve ainsi ses racines dans le syndicalisme des médecins libéraux de la fin du 19e siècle. Selon le politiste Marc-Olivier Déplaude (cité par Public Sénat), c’est en réponse aux mouvements étudiants de mai 1968, qui ont aussi concerné les facultés de médecine, que le Syndicat autonome des enseignants de médecine (SAEM) s’est constitué pour que les médecins soient « un petit nombre d’élus qui possèdent les qualités initiales requises ».

Une revendication qui, c’est vrai, arrange alors les services de l’État, soucieux de diminuer les dépenses de santé. « Pour réduire ces dépenses de santé, limiter le nombre de médecins formés paraît beaucoup moins coûteux politiquement que de toucher aux honoraires ou aux remboursements et ainsi de “susciter l’hostilité des principaux syndicats libéraux”. »

Le « parti des 4% » : le « contre son camp » du député RN

Tout n’oppose pas l’union RN-UDR et Les Républicains, admet Hanane Mansouri. « Je suis d’accord que, dans le discours, il y a peut-être des points qui pourraient nous rapprocher, en tout cas dans les paroles qui sont dites et qui pourraient nous faire encore hésiter. Mais très sincèrement, dans le fond, ce sont des personnes qui nous ont déçus et qui manqueront de courage à chaque étape. »

Thierry Perez enfonce le clou dans le cercueil d’une alliance potentielle avec LR, tout en faisant du pied aux électeurs du parti dont Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau se disputent actuellement la présidence :

« Ce qui est frappant, chez les LR, c’est la déconnexion entre les dirigeants et les militants et électeurs. Aujourd’hui, les électeurs LR pensent comme nous sur les grands sujets que sont l’immigration, la sécurité, l’éducation, la santé. Il y a certes des dirigeants LR qui parlent comme nous – on peut penser à Laurent Wauquiez –, mais quand ils sont au pouvoir, il n’y a plus rien, il n’y a plus personne. Ils veulent envoyer tout le monde à Saint-Pierre-et-Miquelon, enfin un certain nombre. C’est stupide, et irrespectueux vis-à-vis de notre territoire de Saint-Pierre-et-Miquelon. C’est comme ça qu’ils se retrouvent à faire 4%, parce que leurs militants ne suivent plus. Leurs dirigeants croient surtout à leurs gamelles et à leurs cocardes. Mais ne les croyons pas, et ne vous faites pas avoir. »

La mention des 4% est intéressante, car au second tour des législatives de l’été 2024, LR a totalisé 6,57% là où l’UDR atteignait 5,01%. Le parti qui a obtenu 4% au premier tour, en revanche, est bien l’UDR (4,01%), contre 7,55% pour LR.

« On ne peut plus faire confiance aux LR, et je vais vous dire pourquoi »

Après Wauquiez, le député RN de la 10e circo de l’Isère sort la sulfateuse contre un Bruno Retailleau « qui fait de grands discours » : « À l’Assemblée nationale, il hausse le menton, il est sérieux, il veut montrer que la sécurité, que ça suffit, etc. Mais d’abord, il est dans un gouvernement qui l’empêche de faire ce qu’il dit. Et dans le fond, est-ce qu’il fera vraiment ce qu’il dit ? Non. Il fait de l’agitation, il fait du moulinet. On peut le considérer de bonne foi, mais il ne fera rien. En revanche, les militants LR, les gens qui ont la fibre patriote, française, ancrée en eux, on peut leur faire confiance. Et ils viendront vers nous. »

Pour appuyer ce propos, Edwige Diaz prend l’exemple de l’assiduité aux séances de l’Assemblée nationale :

« On ne peut plus faire confiance aux LR, et je vais vous dire pourquoi. Ils ne viennent pas siéger. C’est-à-dire que les gens qui ont voté pour des députés LR ont voté pour des députés fantômes. Il faut savoir qu’à l’Assemblée nationale, c’est le groupe le moins assidu de l’hémicycle, avec un taux de présence d’environ 15%. Autrement dit, 85% du temps, ils sont absents. »

Un coup d’œil sur le site spécialisé DatAN permet de se faire une idée un peu précise de la situation en matière de votes. Où l’on voit que les choses sont un peu plus nuancées.

Pour ce qui est des « votes solennels » (sur des dossiers considérés comme importants, et dont le jour et l’heure sont connus à l’avance afin de favoriser la présence des députés), le taux de participation moyen est de 86%. Ici, le RN pointe en tête avec 95% de participation en moyenne, devant la Droite républicaine de Laurent Wauquiez (92%) ex aequo avec le groupe Horizons & Indépendants… et loin devant l’UDR, qui ne pointe qu’à la 10e place (81%) sur 12.

Pour les « votes par spécialisation » (tous les votes en séance publique et qui ont un lien avec le domaine de spécialisation du député), le RN tombe à la 4e place (53%) derrière le groupe Écologiste et social, La France insoumise-NFP et les Socialistes et apparentés. Ici, l’UDR remonte d’un cran à la 9e place, passant devant la Droite républicaine.

Enfin, si l’on prend en considération l’ensemble des votes en séance publique auxquels un député a pu participer[1], le RN repasse en tête (39%), devant LFI-NFP (34%), Écologiste et social (32%) et Socialistes et apparentés (29%). L’UDR apparaît ici en 6e position (24%).

La députée girondine fait peut-être référence à cet article des Décodeurs du Monde qui, en octobre dernier, ont calculé le taux d’absentéisme des députés durant les débats et les votes du budget 2025. Où l’on voit qu’effectivement, les députés LR n’atteignent que 14,8% de présence. Cela ne signifie toutefois pas que le RN tutoie particulièrement les sommets, puisque le parti de Marine Le Pen affiche 47,2% de présence selon les calculs du Monde… derrière LFI (52,8%) :

Graphique tiré de l’article des Décodeurs du Monde.

Les députés LR « sont même absents pour les lois dites “de droite” », ajoute Edwige Diaz.  « L’année dernière, avant la dissolution, on a eu une loi très importante, une loi dite “de droite”. La lutte contre le squat. Sujet éminemment de droite ! Eh bien, vous ne devinerez jamais combien il y a eu de députés pour voter en première lecture ce texte. »

Tentatives de réponse dans la salle. « Deux », lance une spectatrice. « Moins que de manifestants dehors (référence à l’unique manifestant venu protester devant la salle Marcelle-Boudias ce soir-là, NDLR) : il n’y en avait aucun », éclaire la députée d’Aquitaine. « Aucun député LR pour voter en première lecture le texte visant à renforcer les sanctions contre le squat. Que disent ces gens-là quand ils rentrent dans leur circonscription ? C’est sûr, comme dit Thierry, je pense qu’ils mettent leur cocarde. Mais qu’est-ce qu’ils disent à leurs électeurs ? »

Tout se jouera dans les urnes, à ses yeux : « Les électeurs vont parler à leur place. Les électeurs ne votent plus pour Les Républicains parce qu’ils sont trahis par les comportements de leurs députés en matière de vote. En fait, c’est pareil à tous les niveaux. C’est pourquoi je suis tout à fait d’accord avec ce qui a été dit sur la fracture qui existe entre les élites LR – c’est-à-dire les cadres, les élus – et les militants, avec qui on partage l’essentiel. »

Edwige Diaz livre un exemple tiré de son vécu de conseillère régionale en Nouvelle-Aquitaine : « Je suis présidente du groupe, donc je travaille avec des conseillers régionaux LR. Il se trouve que ma Région est présidée par un socialiste allié avec des communistes. On a le droit à toutes les politiques de gauche, immigrationniste, etc. Quand, tous les ans, le président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine nous fait voter une subvention de 58.000 euros pour SOS Méditerranée (association humanitaire qui a vocation à porter assistance sans aucune discrimination et à traiter avec dignité toute personne en détresse en mer, NDLR), devinez qui vote contre cette subvention ? Seulement le Rassemblement national. Les LR votent main dans la main avec les socialistes en faveur des subventions pour SOS Méditerranée. Pourquoi ? Parce qu’ils trahissent leurs électeurs. Ou par paresse intellectuelle. Ou parce qu’ils ne sont pas là. Je ne m’explique pas ça. Donc oui, les LR ne méritent pas notre confiance. »

Autre exemple, toujours en matière d’immigration : « Le 31 octobre, jour de la niche parlementaire du groupe RN, nous avons déposé une proposition de loi qui demande à systématiser l’expulsion des délinquants étrangers. Les LR ne l’ont pas votée. Pourquoi ? Je ne sais pas. Je crois qu’avec un peu de volonté politique, du courage, et même s’il y a une dissolution cet été, que Jordan et Éric arrivent [au pouvoir], qu’on arrive à former un gouvernement, on pourra déjà faire passer beaucoup de choses. »

Le problème, selon Thierry Perez, est lié à l’origine même de ces propositions de loi :

« À partir de l’instant où une proposition, un amendement, un texte provient de l’UDR ou du RN, c’est non [pour les députés de gauche]. Mais même chez les LR, ils ne peuvent pas ! Ils saignent du nez à l’idée de voter pour un texte RN : “Ce texte RN, il est vachement bien, mais si on le vote, Wauquiez va nous regarder de travers, on va se faire engueuler dans la presse. On va se faire allumer aux quatre colonnes[2], on va se faire allumer par la gauche, on ne va pas pouvoir aller à la buvette ce soir, parce qu’on va nous regarder du travers. Et ça, c’est quelque chose que je trouve extrêmement frappant, parce que, très honnêtement, bien sûr que c’est nous qui avons les meilleures idées pour redresser notre pays. »

Invitation pour la réunion publique du 15 avril à Voiron.

Quand Retailleau se fait (re)tailler un costard par le RN-UDR

L’action de Bruno Retailleau, depuis son ascension au ministère de l’Intérieur du gouvernement Bayrou, occupe décidément beaucoup les esprits et les discours des représentants RN-UDR à Voiron.

Edwige Diaz revient une nouvelle fois sur le candidat à la présidence des LR en révélant le sobriquet que lui a trouvé Marine Le Pen :

« Je vais vous faire une petite confidence. Vous savez comment Marine appelle M. Retailleau ? “Monsieur Y-en-a-marre”. Parce qu’il se plaint de tout.
Je l’ai entendu la semaine dernière, ou il y a deux semaines, chez Sonia Mabrouk. Ah, il commentait tout. Et là, j’ai vu qu’il a fait une intervention dans la presse pour dire que “ah là là, c’est vraiment pas bien, hein.” Mais mon gars, tu es au gouvernement ! C’est pour ça que, si jamais on censure, on lui aura laissé le temps, on lui aura donné sa chance, et il ne l’aura pas saisie. Parce qu’il n’a pas le courage politique, ou parce que c’est un hypocrite, plus intéressé par sa campagne interne au sein des LR que par l’intérêt du pays.
Moi, je pense que s’il avait un tout petit peu d’honneur, il démissionnerait de ce gouvernement qui passe son temps à lui marcher sur les pieds. Le gouvernement se sert même de Retailleau comme de serpillière ! Sur tous les sujets que Retailleau a avancés, il se fait tacler : le voile à l’école, enfin le voile pendant les sorties scolaires, l’aide médicale d’État, l’Algérie, les OQTF…
En ce moment, c’est les incendies dans les prisons. Avec son copain Darmanin – c’est le même, hein. Darmanin, il a dit tout à l’heure sur BFM TV : “Ah là là, les incendies des prisons, la République ne reculera pas.” J’ai fait un tweet pour dire que ça fait bien longtemps qu’elle est en arrière. »

Et c’est l’hôte de la soirée, Hanane Mansouri, qui clôt le débat sur le ministre de l’Intérieur :

« Je vais vous donner une anecdote sur Bruno Retailleau en Isère. Il y a quelques mois, on a eu un lancer de grenade dans un bar à Grenoble. Et là, énorme réaction du ministre de l’Intérieur qui s’est déplacé à Grenoble.
Il est venu à Grenoble, il s’est rendu sur place, il a condamné fermement ce qui s’était passé, il a dit qu’il allait faire des choses. Qu’est-ce qui a suivi son départ ? Dans la semaine, on a eu une voiture-bélier qui a brûlé une bibliothèque, un homme qui a été sorti de sa voiture avant qu’on lui brûle sa voiture, et une fusillade. Dans la même semaine. Simplement pour montrer que, même quand Bruno Retailleau se déplace, il n’y a rien qui se passe. »

Une alliance avec Reconquête ? « L’UDR et le RN ont des députés, les autres n’en ont pas »

En matière de rapprochement politique en vue de la présidentielle de 2027, une question du public porte sur Reconquête, le parti d’Éric Zemmour. Une question loin d’être anodine à Voiron, dont le maire, Julien Polat, a, lors de la campagne pour la présidentielle de 2022, apporté son parrainage à l’homme politique d’extrême droite multi-condamné par la justice.

« Si la question est de savoir si tout le camp patriote partage des idées, la réponse est oui, évidemment », répond Hanane Mansouri, avant de botter en touche en évoquant le contre-budget proposé par le RN mais non pris en compte par les gouvernements Barnier puis Bayrou.

Thierry Perez se veut plus direct, et pour tout dire un peu cruel avec la formation zemmouriste : « Pour vous répondre par rapport aux formations patriotes et celle que vous évoquez, ce qui est important aujourd’hui de noter, c’est que l’UDR et le RN ont des députés à l’Assemblée nationale. L’UDR et le RN. Les autres n’en ont pas. » L’élu RN laisse ensuite filtrer un certain agacement à l’égard de la formulation même de la question : « À un moment, vous avez dit, je pense que ça vous a échappé, vous sembliez dire que même nous, on n’était pas forcément enclins à défendre la France, et qu’il y avait d’autres [que nous] qui pourraient le faire mieux. Non, monsieur. Je ne peux pas vous laisser dire ça. Nous défendons la France. Nous défendons les Français. Encore une fois, quand je dis “les Français”, c’est : quelles que soient leur origine, leur religion, leur couleur de peau. C’est important de le rappeler. Il faut que ce soient des gens qui vivent en France comme les Français, avec les Français. »

Vincent Degrez


[1] Un score souvent plus faible, indique DatAN, du fait de l’organisation du travail à l’Assemblée, sachant qu’un vote en séance publique peut se tenir en même temps qu’une réunion de commission. Depuis le début de la législature, il y a eu 1.470 votes.

[2] La salle des Quatre-Colonnes est, avec la salle des Pas-Perdus, le lieu où les journalistes interviewent traditionnellement les députés.

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