Ce samedi 7 juin se tiendra, dans le centre-ville de Voiron, la première marche des fiertés de l’histoire de la ville. Au-delà de sa dimension visuelle festive, « c’est aussi une revendication de droits dans un monde où les droits humains sont remis en question dans bon nombre de pays, notamment les droits des personnes LGBTQIA+ », avance Marion Ghibaudo, coresponsable de l’association organisatrice Feeling.
La première marche des fiertés voironnaise s’inscrit dans une longue lignée de marches des fiertés et de « prides » dans l’Hexagone, pointe d’emblée Marion Ghibaudo, coresponsable de l’association organisatrice Feeling. « En 2024, on en a dénombré plus de 70 en France, dont une petite partie en milieu rural. »
Tout est parti d’une volonté interne à l’association : « Dès la création de Feeling, des militant·es ont exprimé l’envie d’avoir une pride à Voiron. Le but était aussi de montrer que la défense des minorités concerne des villes de taille moyenne et des communes rurales. Comme on a fondé l’asso fin 2023, il était difficile de passer à l’acte dès le mois de juin suivant. Mais on en a parlé toute l’année, on y a réfléchi, et à notre dernière assemblée générale, on a décidé de se lancer. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne fasse pas tout à l’arrache, malgré tout ! »
« On voit bien le développement de propos haineux, moqueurs, humiliants à l’égard de ces minorités »
L’idée n’est pas de voir grand pour cette première édition. « Il n’y aura pas de char, pas d’immense défilé, mais nous avons voulu quelque chose de festif, d’inclusif ET de politique », souligne Marion Ghibaudo. « OK, une marche des fiertés, c’est beau, c’est coloré, c’est musical, mais c’est aussi une revendication de droits dans un monde où les droits humains sont remis en question dans bon nombre de pays, notamment les droits des personnes LGBTQIA+[1]. De toutes les minorités, en fait. »

Manière, également, de rappeler que des personnes LGBTQIA+ vivent à Voiron, et qu’il est bon qu’elles observent parfois, juste sous leur fenêtre, un mouvement de solidarité à leur égard. « Une enquête de l’IFOP a montré qu’en milieu rural, 39% des personnes LGBTQIA+ trouvent particulièrement difficile d’assumer leur identité de genre ou leur orientation sexuelle. C’est compliqué à vivre dans les petits villages, où tout le monde se connaît. Et c’est d’autant moins simple dans un contexte de montée des idées d’extrême droite, particulièrement en milieu rural. »
Dans le dernier rapport de SOS Homophobie sur les LGBTIphobies, Najah Al Bazzou, psychologue et sexologue, déplore ainsi que « trop de professionnel·les [de la santé mentale] persistent dans le rejet et l’ignorance, notamment en milieu rural : plusieurs personnes suivies ont été outées ou ciblées par des questions intrusives. Or, en milieu rural, l’isolement est grand et les recours sont rares. »
Que ce soit en milieu rural ou urbain, « on voit bien le développement de propos haineux, moqueurs, humiliants à l’égard de ces minorités », prolonge Marion Ghibaudo. « Il reste un travail considérable à accomplir pour que chacun·e se sente bien avec ce qu’il ou elle est. »
Si le projet de marche des fiertés est venu de jeunes militant.es de l’association, ce n’est clairement pas un hasard à ses yeux. « Que ce soit au lycée ou au collège, ils peuvent être la proie de brimades homophobes ou transphobes – que ces jeunes soient réellement homosexuels ou trans ne change rien. Pourtant, les jeunes sont de mieux en mieux informés sur ces questions ! Mais cela n’empêche pas une augmentation nette des propos homophobes, transphobes, etc., ces dernières années[2]. »
Une certaine idée – tordue – de la masculinité
Une évolution à mettre en parallèle avec une certaine « idée » de la masculinité prônée par des personnalités comme Alain Soral. On retrouve d’ailleurs régulièrement, sur les panneaux d’affichage associatif de Voiron, des affiches de l’asso soralienne « Égalité et réconciliation », où l’on voit notamment un Macron insulté de façon homophobe et un Poutine chevauchant virilement un ours.

Une dimension qui rappelle ce que disait Pauline Ferrari lorsqu’elle était venue à Voiron, en novembre dernier, à l’occasion du festival Puissant·es (organisé lui aussi par Feeling) :
« Les jeunes hommes servent de « chair à canon » à l’extrême droite et aux masculinistes. De plus en plus éduqués, ils n’en souffrent pas moins d’un manque de confiance en soi. Dans un monde incertain, on cherche des modèles. À qui ou à quoi tu t’accroches, là réside le vrai danger.
La génération actuelle a du mal à se parler, du moins entre garçons et filles. D’ailleurs, les masculinistes ne disent pas ouvertement aux garçons de haïr les filles, du moins pas dans un premier temps. Ils leur disent d’abord : je suis là, je t’écoute, je suis passé par là, je te comprends. Le jeune entre dans la communauté, il a le sentiment de faire partie du groupe… et les influenceurs se font de la thune sur sa souffrance. »
Pour contrer cette spirale descendante, Marion Ghibaudo travaille beaucoup avec les garçons sur le rejet du féminisme. « Celui-ci s’incarne également dans un rejet de l’homosexualité supposée d’un garçon, rejet qui est en quelque sorte aussi un rejet du féminin projeté sur ce garçon. »
La marche des fiertés est fondamentalement « une façon de créer un espace collectif, inclusif, à Voiron », conclut l’organisatrice. « Nous avons ici un centre de santé sexuelle qui abat un travail énorme auprès des jeunes trans et de leur entourage, notamment. Nous voulons continuer d’œuvrer avec ces structures. L’idée de la marche est d’occuper l’espace. De permettre à ces personnes de prendre leur place au cœur de la ville. »
Vincent Degrez
(Photo de tête © Pexels/Alexander Grey)
Ce samedi 7 juin, la marche des fiertés débutera sur la place de l’Europe autour d’un village d’associations (dès 13h) et de prises de parole (à 15h), puis se déplacera vers la place Saint-Bruno, descendra le Mail, obliquera dans l’avenue Georges-Frier, la rue des Fabriques, jusqu’au siège du Pays voironnais, avant de revenir sur la place de l’Europe via la gare routière sud et la rue Montgolfier.
[1] Lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queer, intersexuées, asexuelles et autres. Aux États-Unis, le sigle le plus long est LGBTTQQIAAP : lesbian, gay, bisexual, transgender, transexual, queer, questioning (des personnes qui se questionnent sur leur sexualité), intersex, asexual, allies (les alliés hétérosexuels de la cause), pansexuels (qui revendiquent une attirance pour n’importe quel genre). On voit parfois aussi en anglais apparaître un O, pour other (les autres)(source).
[2] Dans son rapport 2025, SOS Homophobie constate ainsi « un climat politique et social réactionnaire qui ne cesse de prendre pour cible les personnes LGBTI. Le mal de vivre suscité par la banalisation des discours de haine renforce les dynamiques d’exclusion subies par les personnes LGBTI et brise le tissu social. »











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