Square Brameret, cimetière animalier : tout est affaire de choix politique

SUR LE VIF | Lorsque l’adjoint à l’urbanisme de la Ville de Voiron intervient sur les réseaux sociaux, c’est pour défendre la solidarité à l’égard des futurs usagers du cimetière animalier (coût : 350.000 euros), et singulièrement ceux qui vivent en appartement. En revanche, les riverains du square Brameret peuvent étouffer dans leur logement sans jardin : les travaux de clôture (coût : 111.000 euros) débuteront bien le 7 juillet. Pour une fermeture dès 21h les soirs d’été et de printemps.

Sauf erreur, Anthony Moreau, adjoint au maire de Voiron chargé de l’urbanisme, prend assez peu la plume pour poster des commentaires sur Facebook. À l’image de sa tête de liste, d’ailleurs, qui, à l’exception de sa page personnelle d’homme politique, n’intervient jamais directement.

Cette fois, c’est autour de l’inauguration du cimetière animalier samedi dernier – j’aurai l’occasion d’y revenir – qu’Anthony Moreau tenu à répondre à une internaute. Celle-ci s’étonnait de la décision d’aménager un tel espace, et des frais qu’une concession représente à ses yeux pour les propriétaires d’animaux de compagnie. « Moi, mes chiens sont dans un coin chez nous, dans mon (leur) jardin, sous mes rosiers et ils y sont très bien ! Et ils sont près de moi ! »

Un message proche, dans l’esprit, d’autres commentaires postés en réaction à l’article du Dauphiné libéré.

L’adjoint voironnais a répondu ceci (le texte est reproduit à l’identique) :

« c’est tant mieux pour vous chère Madame. Mais pensez vous que tous le monde peut jouir de cette même opportunité ?
Quand vous êtes en logement comment fait-on ?
Moi qui n’est pas d’enfant dois-je donc être contre les écoles publiques financés par nos villes ? Naturellement non ! C’est pour cela que le service public existe pour apporter une petite dose d‘équité. Néanmoins je respecte que d’autres puissent jouir d’une partie des impots auxquel je contribue, c’est aussi cela la solidarité me semble-t’il… »

Le coût des écoles pour la commune : une comparaison qui ne tient pas la route

D’abord, la comparaison avec l’école publique est bien entendu sans fondement. Il existe en France une instruction obligatoire dès l’âge de trois ans. Et dans ce cadre, les communes ont la charge des écoles publiques établies sur leur territoire : elles sont propriétaires des locaux et en assurent la construction, la reconstruction, l’extension et les grosses réparations ; elles gèrent les crédits d’équipement, de fonctionnement et d’entretien.

Quel rapport avec un cimetière animalier qui relève, lui, pleinement d’un choix politique ? Aucun.

Quant au fait de ne pas avoir d’enfants tout en acceptant de contribuer au système scolaire français, on peut étendre cette pensée à tout ou presque. Si je ne suis pas malade, pourquoi paierais-je pour les hôpitaux ? Si je n’ai pas de voiture, dois-je régler des impôts qui servent en partie à entretenir des routes que je n’use pas, à gérer des parkings que je n’utilise pas – voire à financer des parkings-silos que je ne visiterai pas, et pour lesquels on endette ma ville pour des décennies ?

Sans compter que, même si on n’a pas d’enfant, il n’est pas mauvais, pour faire société et pour l’avenir, que les enfants des autres soient éduqués.

À nouveau, un cimetière animalier ne relève pas de la même logique qu’un service public organisé par la solidarité nationale. C’est un choix politique.

On objectera que ce projet faisait partie de la campagne du candidat Polat en 2020, et qu’à ce titre, il a été « validé » tacitement par les électeurs voironnais qui ont voté pour lui. C’est vrai. Mais on pourrait rétorquer que le point n° 11 (« Respecter nos compagnons les animaux »), outre le cimetière animalier, comprenait également ceci : « Nous voulons interdire sur la commune les cirques avec des animaux sauvages dont les conditions de vie sont déplorables. » Alors oui, les cervidés du jardin de ville ne sont pas à proprement parler des « animaux de cirque ». Mais les « conditions de vie » de ces animaux sauvages sont-elles si enviables que cela ?

Il faut par ailleurs signaler que d’autres promesses n’ont pas été tenues (où est la grande salle polyvalente ? où est réellement la « végétalisation du Mail » ?). Et que ce qui était valable financièrement en 2019-2020 ne l’est peut-être plus aujourd’hui, alors que la construction du parking-silo du Grand Angle et la requalification du Mail constituent un projet à 15 millions d’euros, et que la Ville veut construire un autre parking-silo à 6,75 millions d’euros près de la gare – pour ne citer que ces deux dossiers.

Des animaux en terre, un square en cage : tous les Voironnais sont-ils égaux ?

Étudions ensuite l’argument de solidarité, appliqué ici au bénéfice de personnes qui vivent « en logement ». On imagine que, par cette formulation hasardeuse (surtout pour un adjoint à l’urbanisme), Anthony Moreau désigne les gens qui vivent en appartement, par opposition aux propriétaires d’une maison avec jardin – ces derniers étaient autorisés, jusqu’en 2016 et sous certaines conditions, d’y enterrer leur animal de compagnie.

Comparons cet argument de « solidarité avec les personnes vivant en appartement » à celui qui est opposé aux riverains et usagers du square Brameret. À ceux-ci, on dit en substance : nous allons payer 111.000 euros pour fermer le square le soir et la nuit, même au plus fort de l’été, à cause de nuisances imprécises et de délits peu concluants.

À ce collectif qui réclame une concertation et le report des travaux, on répond : vous n’aviez qu’à participer aux conseils de quartier, maintenant c’est trop tard.

À ces jeunes qui, l’été, ont besoin de sortir de chez eux et d’aller trouver un peu de fraîcheur au square Brameret, on affirme : de toute façon, un enfant, ça doit se coucher à 21h.

Lors d’un conseil municipal, Julien Polat, maire de Voiron, évoquait ces gens qu’il connaissait et qui attendaient impatiemment l’ouverture du cimetière animalier, l’urne contenant les cendres de leur animal de compagnie trônant sur une étagère. Ces gens ont désormais leur cimetière. Les usagers et riverains de Brameret risquent de perdre « leur » square.

On n’est pas égaux devant la canicule. À Voiron, certains seraient-ils plus égaux que d’autres en matière de choix politiques ?

Vincent Degrez

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