Criminalité à Voiron : les violences sexuelles flambent depuis 2023

À Voiron, les violences physiques intrafamiliales ont quasiment doublé entre 2016 et 2024, tandis que les violences sexuelles restaient à un niveau très élevé l’année dernière. Et si les vols et cambriolages sont en hausse continue depuis les confinements de 2020, le trafic de stupéfiants dans la « ville porte de Chartreuse » a carrément disparu des statistiques du ministère de l’Intérieur, publiées voici quelques jours.

Proximité des municipales ou non, la Ville de Seyssins vient d’annoncer son intention d’installer pas moins de 41 caméras de vidéosurveillance dans les mois qui viennent. Jusqu’à présent, cette commune jugée « très calme » par son propre maire n’en possédait aucune… Rapporté au nombre de Seyssinois (8.087), cela donne un ratio d’une caméra pour 197 habitants. Pas si loin du niveau voironnais (une caméra pour 180 habitants).

À Voiron justement, Julien Polat a, dès sa première mandature, multiplié les caméras dans nos rues. Allant jusqu’à en installer avant même de les avoir votées en conseil municipal… C’est quasiment devenu un running-gag. D’autant qu’aucune étude n’a jamais prouvé leur efficacité, que ce soit pour éviter que 23 voitures soient brûlées en une seule nuit ou qu’un restaurant du centre-ville soit l’objet de plusieurs coups de feu nocturnes pile en face d’une caméra-dôme. Et apparemment, il est absolument nécessaire de fermer le square Brameret le soir et la nuit pour réduire les incivilités et les points de deal à Voiron, alors même que cet espace est couvert par deux caméras-dômes. Excusez du peu.

Qu’en est-il de la criminalité à Voiron ? A-t-elle baissé depuis l’arrivée de Julien Polat en 2014 ? Le ministère de l’Intérieur vient de publier les chiffres actualisés pour 2024 (cliquez sur le tableau pour l’agrandir).

Deux fois plus de violences sexuelles en 2024 qu’en 2022

Globalement, la catégorie des violences présente une forme en W depuis 2016, avec une montée en puissance continue ces trois dernières années. Les faits de violence enregistrés à Voiron sont passés d’un plancher de 129 cas en 2020 à un plus haut l’année dernière, avec près de 250 victimes.

Un nombre à manier avec des pincettes, cependant. En effet, les statistiques ministérielles ne reprennent que les infractions criminelles et délictuelles (les contraventions en sont exclues) enregistrées pour la première fois par les forces de sécurité (afin d’éviter une double comptabilisation si une même infraction est traitée successivement par des services différents) et portées à la connaissance de l’institution judiciaire. « N’y sont donc retracées que les infractions suffisamment constituées juridiquement pour pouvoir être poursuivies par un tribunal », précise encore le ministère.

Si l’on entre dans le détail, on constate que les violences physiques intrafamiliales ont quasiment doublé entre 2016 et 2024, et presque triplé depuis 2020, tandis que les violences physiques hors cadre familial restaient plus ou moins stables.

En revanche, les violences sexuelles sont demeurées à un niveau important, avec 56 victimes, après 64 en 2023. Soit nettement plus que les années précédentes (28 en 2022, par exemple). Cette catégorie regroupe les viols, les agressions sexuelles, les atteintes sexuelles, les violences sexuelles non physiques, les exploitations sexuelles et les exhibitions sexuelles.

Vols et cambriolages : en hausse continue depuis les confinements de 2020

De façon générale, les vols et cambriolages présentent une forme en V, avec un plancher atteint en 2020 – assez naturellement, si l’on considère la pandémie et les confinements successifs – avant de repartir à la hausse et de dépasser en 2024 le niveau de 2017.

Dans cette catégorie, les vols violents sans arme restent finalement peu nombreux (neuf infractions enregistrées en 2024), contrairement aux vols sans violence contre des personnes, qui se taillent la part du lion avec 172 infractions l’année dernière, contre 207 un an plus tôt.

Les cambriolages de logement, quant à eux, sont repartis à la hausse depuis 2020, avec un doublement des infractions déclarées : 84 en 2024, contre 40 en 2020, même si l’on reste sous la barre des années 2016, 2017 et 2018, avec respectivement 105, 101 et 88 infractions.

Les vols liés aux véhicules, eux, présentent des situations plus contrastées. Les vols de véhicule ont connu plus ou moins le même sort que les cambriolages de logement, avec un plus bas en 2020 (soit 10 véhicules volés), entre deux extrêmes de même niveau en 2016 et 2024 (53 véhicules volés).

Du côté des vols dans les véhicules, l’année 2020 a plutôt marqué un pic temporaire dans le nombre de véhicules concernés. Mais ici, c’est bien 2024 qui a connu une flambée, avec pas moins de 105 véhicules « visités » à Voiron.

Quant aux vols d’accessoires sur véhicules[1], ils se sont situés l’an dernier dans la moyenne de la petite décennie écoulée :

Stupéfiants : le trafic à Voiron disparaît des statistiques ministérielles

Pour ce qui touche aux stupéfiants[2], le nombre d’usagers reste dans une moyenne assez stable à Voiron, avec 134 personnes mises en cause l’an dernier, à peu près au niveau de 2020. La période de pandémie a « cassé » la hausse de l’usage de stupéfiants à Voiron, qui avait atteint 222 personnes mises en cause par les forces de l’ordre en 2019.

Instaurées en 2020, les amendes forfaitaires délictuelles[3] (AFD) ont grimpé année après année, pour concerner 105 personnes en 2024. Ces chiffres ne sont pas à ajouter à ceux de l’usage, cependant : ils en font partie.

Quant au trafic, il a tellement baissé à Voiron – du moins le nombre de personnes mises en cause – qu’il n’apparaît même plus dans les statistiques fournies par le ministère de l’Intérieur. En effet, « les données diffusées sont limitées aux communes pour lesquelles plus de cinq faits ont été enregistrés pendant trois années successives ». Cela explique que la catégorie « trafic de stupéfiants » s’efface pour Voiron en 2021 : il y avait tout simplement trop peu d’« infractions suffisamment constituées juridiquement pour pouvoir être poursuivies par un tribunal ».

Fraude aux moyens de paiement : toujours à un niveau élevé

Le nombre de victimes d’escroquerie et de fraude aux moyens de paiement se maintient à un niveau élevé : 159 en 2024, quasiment au plafond de 2023. Ici, c’est 2020 qui semble avoir imprimé un mouvement de hausse, avec près de 30 victimes de plus que l’année précédente.

Dégradations volontaires : des stats dopées par les incendies de véhicules à Voiron ?

Dernière catégorie étudiée par l’Intérieur : les destructions et dégradations volontaires, soit « l’ensemble des actes constituant une atteinte volontaire et gratuite aux biens privés ou publics (destructions, dégradations et détériorations). Ces faits sont sanctionnés par la loi en fonction de leurs circonstances, de la nature du bien attaqué et de l’importance des dégâts causés. Ils sont également nommés plus communément vandalisme ».

L’année 2024 n’a pas battu les records voironnais en la matière, avec 235 infractions constituées (271 en 2019, 267 en 2018), même s’il s’agit d’un score plus qu’honorable. Peut-être boosté par l’incendie de 23 véhicules en une nuit.

Vincent Degrez

(Photo de tête © Pexels/Mart Production)


[1] Cette catégorie regroupe l’ensemble des vols et tentatives de vol d’accessoire ou de pièce liés au fonctionnement du véhicule, qu’ils soient posés d’origine ou montés ensuite (autoradio) et qu’ils soient situés dans ou à l’extérieur du véhicule (pot catalytique, jante ou vol de carburant)(source).

[2] Les infractions à la législation sur les stupéfiants regroupent l’ensemble des infractions relatives aux stupéfiants, elles se répartissent principalement en usage et trafic. L’usage relève du code de la santé publique. Les infractions de trafic regroupent des infractions criminelles (production ou fabrication illicites de stupéfiants par exemple) et des infractions délictuelles (importation, exportation, détention de stupéfiants par exemple) visées par le code pénal.

[3] L’amende forfaitaire délictuelle (AFD) pour usage de stupéfiants a été mise en place en France en 2020 pour renforcer la lutte contre les drogues. Cette réforme permet aux services de sécurité d’adresser directement sur le lieu de l’infraction une amende aux usagers de stupéfiants plutôt que d’ouvrir une procédure en commissariat de police ou en brigade de gendarmerie qui serait transmise ensuite à la justice.

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