SUR LE VIF | « Sur ordre de Catherine Vautrin, les hôpitaux doivent se tenir prêts à accueillir des milliers de soldats blessés en cas de conflit armé généralisé en Europe », écrivait Le Canard enchaîné dans son édition du 26 août. Alors que ces mêmes hôpitaux sont à l’os et que les embauches promises se font toujours attendre, les soignants devraient se préparer à un « engagement majeur ».
Dans une « instruction confidentielle » adressée aux directeurs des agences régionales de santé (ARS) le 18 juillet, le ministère de la Santé les invitait à se préparer à un « engagement majeur » d’ici à mars 2026, révélait Le Canard enchaîné le 26 août dernier :
« Sous mandat du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, dépendant de Matignon, le ministère de Catherine Vautrin [ministre du Travail, de la Santé, de la Solidarité et des Familles, et à ce titre ministre de tutelle de Yannick Neuder, NDLR] envisage de créer des centres médicaux afin d’accueillir des patients de retour de la zone de combat. Ces centres devront être situés à proximité d’une gare routière ou ferroviaire, d’un port ou d’un aéroport pour “permettre le réacheminement vers leur nation d’appartenance” de soldats étrangers. Environ 100 troufions par jour pendant deux mois consécutifs pourront y être soignés, voire 250 patients quotidiens pendant trois jours lors de “pics d’activité”. Un vrai coup de feu. »
La France « se prépare ainsi à servir de base arrière pour les pays alliés. Les hostos civils devront être prêts à recevoir entre 100.000 et 500.000 hommes sur une période de 10 à 180 jours. Les blouses blanches y soigneront les combattants des forces alliées en transit ou en stationnement dans le pays. »
Les directeurs d’ARS sont priés, « dès à présent », de sensibiliser « la communauté soignante aux contraintes d’un temps de guerre marqué par la raréfaction des ressources, l’augmentation des besoins et la survenue d’éventuelles rétroactions sur notre territoire », ajoute le Palmipède. Qui commente, grinçant : « À l’hôpital public, heureusement, la “raréfaction des ressources”, on sait ce que c’est… »
Un ministre accueilli au cri de « de l’argent pour l’hôpital, pas pour la guerre »
On comprend pourquoi, le 29 août, les représentants syndicaux FO et CGT de l’hôpital Émile-Roux du Puy-en-Velay ont accueilli le ministre délégué à la Santé, Yannick Neuder, au cri de « de l’argent pour l’hôpital, pas pour la guerre ». Une visite ministérielle menée en compagnie de Laurent Wauquiez, ex-président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes (dont il est toujours le « conseiller spécial »).
Lors de ce passage dans le fief du patron des députés LR, Yannick Neuder a tenu à peu près le même discours qu’à Voiron le 29 mars : l’État met de l’argent sur la table avec des collectivités territoriales (la Région dans le cas du Puy-en-Velay, la Ville de Voiron et la Communauté d’agglomération du Pays voironnais dans celui de la « ville porte de Chartreuse ») pour des travaux de modernisation, l’achat de matériel de pointe, etc. Lorsqu’il évoque les embauches, pourtant nécessaires à la (sur)vie des hôpitaux, le ministre se montre néanmoins plus général…
Rappelons qu’à Voiron, malgré des candidatures sérieuses, aucune embauche n’a eu lieu à ce jour, et que, malgré les promesses, les urgences voironnaises n’ont pas vu leurs horaires élargis cet été (et ne devraient pas rouvrir dès 18 heures avant, au mieux, l’année prochaine, sans même parler d’une accessibilité 24/7).
Préavis de grève illimité à partir du 10 septembre
« C’est un condensé de la situation : l’argent va à la guerre, pas aux hôpitaux, mais ceux-ci devraient se débrouiller avec une “raréfaction des ressources” », s’insurge le syndicat FO SNMH (Syndicat national des médecins hospitaliers), dans un communiqué appuyé sur l’article du Canard et diffusé le 5 septembre.
Une « raréfaction » qui « est le fait d’une politique de guerre sociale, et de marche à la guerre », dénonce le syndicat :
« Les hôpitaux devraient-ils assumer les conséquences morbides et mortelles de la guerre en préparation ?
Les hôpitaux sont exsangues, la situation des services est toujours de plus en plus catastrophique, les revendications depuis des années d’avoir “des bras, des lits” ne sont jamais écoutées. »
Alors que le mouvement du 10 septembre appelle à bloquer le pays afin de protester contre la politique menée par le président Macron et son Premier ministre, FO SNMH a déposé un préavis de grève à compter du 10 septembre et pour une durée illimitée.
« Ce préavis concerne les médecins, pharmaciens et odontologistes de tous statuts exerçant dans les établissements publics de santé et participant au service public (CCN 51) », indique-t-il dans un courrier adressé au ministre Neuder et daté du 29 août. « Ce préavis concerne également les internes et étudiants en médecine dans le cadre du préavis confédéral qui débute le 1er septembre 2025. »
« Pas un centime, pas une vie, pas une arme pour la guerre ! », résume le syndicat dans son communiqué du 5 septembre, en rappelant qu’un meeting international se tiendra contre la guerre à Paris le 5 octobre.
« La guerre est une aubaine pour les profits du grand capital »
« Montrant une fois de plus le manque de considération envers les organisations syndicales représentatives, c’est par voie de presse que nous apprenons que la ministre Catherine Vautrin a donné des instructions aux directeurs des agences régionales de santé (ARS), les invitant à se préparer pour un possible “engagement majeur” de la France dans un conflit armé d’ici au mois de mars », écrit de son côté la CGT Santé et Action sociale dans un communiqué du 1er septembre :
« Sans aucune référence à l’attribution de moyens supplémentaires, la seule voie envisagée est de demander aux soignants de “troquer leur champ opératoire traditionnel contre le champ de bataille quel que soit leur secteur d’exercice”, ce qui aura pour conséquence d’aggraver encore les possibilités et conditions de prise en charge des patients. »
La loi de programmation militaire, « c’est 413 milliards », rappelle la CGT, qui ajoute que le budget de guerre devrait passer à 100 milliards de 2025 à 2026, puis représenter 5% du PIB pour atteindre 150 milliards par an. « La guerre est une aubaine pour les profits du grand capital. Ces milliards pour la guerre seraient plus qu’utiles pour développer une économie basée sur le progrès social, au service de l’humain. »
C’est pourquoi « la Fédération CGT de la Santé et de l’Action sociale appelle les salarié·es à s’inscrire dans le mouvement “bloquons tout” du 10 septembre et à envisager le développement de la grève à partir de cette date ». Pour elle, « la convergence des luttes et des revendications pour la justice sociale devra se poursuivre le 18 septembre à l’occasion de l’appel interprofessionnel et intersyndical ».
« Nous appelons également l’ensemble de la population à nous rejoindre le 9 octobre devant le ministère de la Santé et partout où des actions seront organisées pour exiger les moyens de prendre en charge la santé de la population : ouverture de lits et de places, formations et embauches massives de personnels, augmentations de salaires et reconnaissance de la pénibilité », conclut-elle.
Vincent Degrez
(Photo de tête © Pexels/Anna Shvets)
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