Après l’étron bien réel déposé sur la poignée de porte de la permanence de la députée LFI, l’étron verbal. André Gal, conseiller municipal sortant de l’équipe de Julien Polat, a insulté publiquement un militant de la liste concurrente « Voiron en commun ». Un autre homme est entré dans le local de campagne de la liste d’union de la gauche pour y proférer des menaces physiques, tandis que des affiches d’insultes ont partiellement recouvert ses affiches de campagne. Trois plaintes ont été déposées… mais aucune réaction du maire de Voiron à ce jour.
Le 21 février 2026, sur le marché de Voiron, au croisement entre le Mail sud et l’avenue François-Mitterrand. Les militants des deux listes principales en lice pour les municipales, la liste de droite LR du maire sortant, « Préservons l’essentiel avec Julien Polat », et la liste d’union de la gauche, « Voiron en commun », tractent.
André Gal, conseiller municipal délégué aux foires et marchés et grands événements festifs, traverse l’avenue pour s’approcher d’un militant « Voiron en commun » et lui lance, de cette voix forte qui le caractérise : « LFIste assassin ! » Un événement rapporté sous forme de brève par le Dauphiné libéré, qui ne cite toutefois pas le nom de l’auteur de cette insulte.
Le quotidien mentionne néanmoins la plainte déposée par le militant pour injure publique envers un particulier. Selon mes informations, André Gal aurait été, depuis, entendu par la police.
« Je ne dis pas bonjour à des assassins » : qui a tué la courtoisie républicaine ?
« Je ne suis pas le seul à avoir été insulté par André Gal », précise ce militant, colistier « Voiron en commun » pour les municipales. « Il a aussi agressé verbalement une autre militante de “Voiron en commun”, en lui disant : “Je ne dis pas bonjour à des assassins.” Mais elle n’a pas souhaité porter plainte. »
Ce n’est pas un événement isolé. « Une militante, présente à notre local de campagne de l’avenue Dugueyt-Jouvin, a été agressée lors d’une permanence », précise Anne Favier, tête de liste « Voiron en commun ». « Un homme plutôt âgé est entré, a crié “LFIstes assassins” et proféré des menaces : “Vous n’avez pas intérêt à être au Grand Angle après l’annonce des résultats, sinon ça va mal se passer pour vous.” Notre militante a déposé plainte le 2 mars. »
Dernier élément en date d’une campagne sous tension à Voiron[1] : sur le panneau d’affichage associatif de la place Stalingrad, des feuilles blanches ont été collées sur le visage d’Anne Favier, l’une arborant « LFIste assassin », l’autre « pastèque », sobriquet usuellement adressé aux « faux » écologistes soupçonnés de cacher leurs penchants communistes (« verts à l’extérieur, rouges à l’intérieur »).
Soulignons que l’usage du singulier, dans la première insulte, montre que celle-ci est bien adressée à la tête de liste, qui avait été adjointe au maire sous la mandature du socialiste Roland Revil, avant de se retrouver dans l’opposition durant les deux mandats de Julien Polat.
« J’ai déposé plainte à la suite de ce collage d’affiches injurieuses, au nom de la liste “Voiron en commun” », précise Anne Favier. « Ces plaintes sont une façon de dire à Julien Polat : “Tu calmes tes troupes.” On ignore qui a collé ces feuilles sur nos affiches, et qui est cet homme qui a menacé notre colistière, mais André Gal est un membre de l’équipe sortante du maire actuel. Nous restons sur notre ligne : la loi doit être respectée. »
Une ligne de conduite qui s’applique également aux réseaux sociaux. « Notre colistière qui s’occupe de nos comptes sur les réseaux a beaucoup à faire pour limiter les trolls », indique Anne Favier. « Elle a reçu des menaces de viol postées en commentaires de sa photo. » Des menaces que la modératrice a aussitôt supprimées. « Mais elle envisage elle aussi de déposer plainte. »
Injure publique contre un militant de l’opposition : le silence de Julien Polat
Certes, André Gal ne cache guère ses penchants pas franchement gauchistes, n’hésitant pas à republier un post de Sarah Knafo et Éric Zemmour sur l’immigration ou des illustrations sur « la France d’avant » (et ces « enfants qui disaient “merci madame” au lieu de “wesh” »). Tout en partageant des publications des évangéliques voironnais de la Cité de lumière ou encore de catholiques traditionalistes.
« Pour moi, cette injure publique est l’expression involontaire de quelque chose qu’ils pensent tous », confie le militant agressé sur le marché. « Je les entends beaucoup communiquer autour du fait qu’il faudrait “voter dès le 15 mars” : la droite voironnaise mise tout sur une victoire dès le premier tour (comme en 2020, NDLR). Ces faits répondent donc à des stratégies internes. »
Bref, affaiblir l’adversaire pour s’imposer sans second tour, sachant que, de son propre aveu, la liste RN n’aurait aucune chance face à un Julien Polat « très populaire ». Le candidat du Rassemblement national n’a-t-il pas affirmé au DL qu’il veut avant tout « que la gauche ne passe pas à Voiron », surtout si elle est soutenue « par La France insoumise » ? Signalons que le panneau d’affichage de la place Stalingrad est situé à un jet de pierre du Petit Coin de France, café géré par un ancien conseiller municipal RN à Voiron et candidat malheureux aux municipales de 2020.
« Du point de vue de la communication, c’est une façon de nous nuire, une tentative de nous intimider, c’est certain », pointe encore le militant « Voiron en commun ». Peut-on y voir aussi une forme de « dog whistle », ces propos destinés à un certain public, ici résolument orienté à l’extrême droite ? « Bien sûr ! Nos affiches ont été arrachées sur d’autres panneaux associatifs, surtout vers la Garenne et le lycée Édouard-Herriot. Notre crainte est que la campagne continue de se durcir jusqu’au bout. D’où l’importance d’y couper court dès maintenant, par des dépôts de plainte. »
Le propos d’André Gal pourrait-il être néanmoins compris « au pluriel », comme une attaque en général contre La France insoumise plutôt que comme une injure à un particulier ? « Non, il a clairement lancé cela à mon encontre, les yeux dans les yeux. Il a traversé l’avenue pour venir vers moi. Je ne pense pas qu’il ait agi en concertation avec le reste de son groupe, il a décidé cela tout seul. Mais c’est quelque chose qu’ils pensent tous. »
Comment comprendre, dans ce contexte, cette double association de « Voiron en commun » à des assassins et à LFI ? « C’est peut-être leur seul argument “politique” contre nous. Car ils n’ont pas beaucoup d’accroches par ailleurs, que ce soit en référence au Parti socialiste, au Parti communiste, à Génération·s, aux Écologistes… Notre point faible, en ce moment, est évidemment La France insoumise, très attaquée au niveau national. Alors que notre liste est une liste de gauche plurielle. Sur les 37 colistiers, quatre sont encartés à LFI, et quatre autres chez les Écologistes. Pas de quoi renverser la table. »
Reste que l’injure lancée par le conseiller municipal « historique » de Julien Polat n’a pas, à ce jour, arraché de réaction à ce dernier. En 2020 pourtant, alors qu’il faisait l’objet d’un dossier spécial dans Le Postillon et d’une enquête dans Libération, le maire de Voiron avait réclamé de la dignité dans la campagne, et annoncé son intention de porter plainte pour diffamation. Intention qui ne s’est jamais concrétisée.
Vincent Degrez
(Photo de tête fournie par la liste Voiron en commun)
[1] Même si ce n’est guère mieux à Voreppe, par exemple, où une page censément créée par des citoyens joue l’infox en faveur de la liste de la majorité, ou à Coublevie, où des comptes sous pseudonyme font la retape pour la liste de la maire sortante.
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