Enfin, on sait. Les fameuses études prouvant la nécessité de construire trois parkings-silos en plein centre de Voiron « n’existent pas ». L’aveu est venu, durant le dernier conseil municipal, de nul autre que Julien Polat. Alors même que, voici un an et demi, il en réaffirmait la matérialité en conseil municipal.
Conseil municipal sous haute tension mercredi dernier à Voiron. Il aura fallu une heure et demie de « débat » pour arriver au premier vote. Mais durant cette heure et demie, beaucoup aura été dit autour du projet de King Jouet près de la gare, du procès en correctionnelle de Bruno Gattaz (affaire de la halle Sernam)… et peut-être surtout des fameuses études liées à la construction de plusieurs parkings-silos dans le centre de la ville.
Études fantômes sur le stationnement : coup d’œil dans le rétro
Après une longue présentation du projet de King Jouet, dont le patron Philippe Gueydon, nous indique Le Dauphiné libéré, était présent dans la salle*, c’est l’élue d’opposition Johanne Vial (Horizons voironnais) qui a ouvert les hostilités. Elle a dénoncé tout d’abord la « vision paternaliste » d’un maire qui saurait « ce qui est bien pour nous, les Voironnais », ainsi que le manque de transparence autour de ce projet : « Encore une fois, aucune concertation, aucune information à la population au préalable, et encore moins aux élus de l’opposition. »
Dans sa liste de questions, une m’intéresse aujourd’hui plus particulièrement : « J’ai cherché dans les annexes au projet, mais il n’est toujours pas possible d’y trouver les études sur le stationnement que nous vous demandons régulièrement. Pouvez-vous nous les fournir enfin ? » Cette question des études introuvables est posée depuis de longs mois par l’opposition. J’avais moi-même évoqué ces « études fantômes » dans un article fin juillet, dans la foulée de la révélation du projet de King Jouet.

Pour résumer, dans le cadre de la révision du PLU, la Ville de Voiron a transmis un rapport, signé par Cirrus Park Consulting, où il était écrit ceci : « des études préliminaires ont été menées qui ont conclu à la nécessité de mettre en place trois offres de stationnement avec des parkings en silo aérien. »
Problème : le commissaire-enquêteur, qui pilotait la révision du PLU au nom de l’État, n’est jamais parvenu à obtenir ces fameuses « études préliminaires ». Alors que la mairie de Voiron collaborait bien volontiers avec lui jusqu’alors, aucun de ses demandes n’a été satisfaite. Il écrit ainsi dans son rapport unique d’enquête : « ces études préliminaires, qui sont par ailleurs inconnues du bureau d’études qui a rédigé le rapport de présentation du PLU, en fait n’existent pas. » (Il souligne.)

J’ai voulu m’en assurer par moi-même. En tant que citoyens, nous avons le droit d’accéder à tous les documents administratifs, pour autant qu’ils ne sont pas protégés par des dispositifs particuliers comme le secret des affaires et la protection de la vie privée. J’ai donc officiellement demandé communication de ces études à la mairie de Voiron le 23 juillet. Sans réponse au bout d’un mois, j’ai saisi la CADA, la Commission d’accès aux documents administratifs, dont j’attends toujours l’avis.
Julien Polat : « Vous cherchez des études qui n’existent pas ! »
Ce mercredi 30 octobre, Julien Polat a livré une information sans doute décisive dans cette affaire. En réponse à la question de Johanne Vial, il a en effet déclaré : « Vous cherchez des études qui n’existent pas ! »
En revanche, plutôt que de s’expliquer sur l’inexistence de ces études dont, pourtant, l’exécutif municipal se prévaut pour justifier depuis des mois la construction d’un parking-silo (un dossier à plusieurs millions d’euros), le maire se lance dans une tirade contre les « bureaux d’études parisiens » que l’on paie pour nous apprendre des choses que l’on sait déjà.
Au bout de longues minutes de monologue du maire, Johanne Vial revient à la charge : « On aimerait bien savoir : en fait, il n’y a pas d’étude ? Donc depuis le début, on parle d’études qui n’existent pas ? » La réponse du maire ne change guère : pas besoin d’études pour compter des voitures dans des parkings. (Je reviens dans un autre article sur cet argumentaire, ses modalités et son utilité dans le cas présent.)
Après plus d’une heure de débat, c’est Mélodie Mistré (Voiron Citoyenne) qui s’exprime sur ce point des études préliminaires, en s’adressant à Julien Polat : « C’est quand même vous, à la base, qui avez mentionné, dans le cadre de la révision du PLU, qu’il y avait des études qui démontraient qu’il y avait un fort besoin en parkings. C’est autre chose que de dire que vous avez le sentiment qu’il y a un besoin fort en parkings. Donc effectivement, nous, sauf preuve du contraire, on veut bien vous croire, mais on veut bien accéder aux études. Et là, ce soir, vous nous dites que ces études sont inexistantes. Oui, ça fait un peu beaucoup. Le commissaire-enquêteur a écrit que ces études étaient inexistantes ; il faut quand même remarquer qu’il avait souligné que concentrer les parkings-silos en ultra-centre était une hérésie, c’est pour ça qu’il vous avait demandé de retirer cette mention qui était dans les documents d’urbanisme originels. Voilà. Ce n’est pas qu’on veut des études à gogo, c’est vous qui avez cité les études ! »
Réponse de Julien Polat : « Permettez-moi de vous demander d’abréger. » Car pour lui, ces sujets ont déjà été abordés, et il est temps de passer au vote.
Études fantômes : Julien Polat a-t-il trois fois menti ?
En définitive, si l’on écarte propos hors sujet, outrances et attaques politiques, Julien Polat n’aura prononcé qu’une seule phrase en réponse directe aux trois questions posées par les élues de la minorité : « Vous cherchez des études qui n’existent pas ! »
Qu’en déduire ?
Julien Polat a-t-il menti au commissaire-enquêteur ? Lorsque celui-ci a demandé à la commune d’avoir communication de ces études, la mairie lui a-t-elle répondu : une erreur a été commise dans les documents qui vous ont été remis, aucune étude préliminaire n’a été conduite, nous nous sommes basés sur nos propres estimations ?
Non. Elle a tout simplement refusé de lui répondre. Reste l’étude de Cirrus Park Consulting qui mentionne ces fameuses études comme si elles existaient vraiment, alors même que le bureau de conseil, selon le commissaire-enquêteur, ne les a jamais vues.
Julien Polat a-t-il menti aux élus de l’opposition ? Revenons un an et demi en arrière. Durant le conseil municipal du 15 mars 2023, une délibération porte sur le futur parking-silo du Grand Angle (délibération n° 2023-017). Mélodie Mistré prend la parole : « On nous a parlé des études. On ne les a pas vues. (…) S’il y a des études qui montrent qu’il y a un fort besoin en parkings, s’il est là, de combien de places est-il, et où, et à partir de quand ? (…) On voudrait juste les détails de cette étude pour comprendre d’où viennent ces chiffres. Ce n’est pas un investissement négligeable. »
Julien Polat : « Vous auriez pu solliciter ces éléments en commission, on vous les aurait fait parvenir. »
Mélodie Mistré : « Nous n’avons pas eu de commission. »
Julien Polat : « Il y a de toute façon, par nature, nécessité a minima de compenser les places qui ont vocation à disparaître sur le Mail, et elles sont déjà nombreuses (…). Et de toutes façons, on vous communiquera les éléments. Les études ont conclu à la pertinence de cette dimension. »
Voici l’extrait audio :
Quand on jouit d’une situation d’extrême majorité au conseil municipal ; qu’on est convaincu du bien-fondé de sa décision au regard des résultats des élections ; qu’on est certain d’avoir le soutien de l’ensemble de la population ; qu’on juge avoir le bon sens pour soi, pourquoi écrire que des « études préliminaires » prouvent quelque chose quand elles n’existent tout simplement pas ?
Le maire de Voiron affiche sa certitude absolue quant au bénéfice que tireront les Voironnais de projets tels que la requalification du Mail, la construction du parking-silo du Grand Angle, la vente de terrains à King Jouet pour que l’entreprise y construise son siège social et un autre parking-silo. Si ce bénéfice est à ce point évident, la transparence ne devrait-elle pas s’imposer naturellement ?
Toutes questions qu’il aurait été bon de poser au maire de Voiron. Un maire qui, je le rappelle, refuse de me rencontrer depuis les débuts mêmes de Rue Haute.
* Je n’y étais pas, car j’assistais à l’audience en appel du procès du maire contre Le Vrai Petit Voironnais.











Laisser un commentaire