Affaire Julien Polat contre Le Vrai Petit Voironnais, suite. Avant de quitter le tribunal pour présider le conseil municipal, le maire répond aux questions de l’avocat du prévenu. La première porte sur les parrainages qu’il a accordés, pour les présidentielles de 2017 et 2022, à des figures situées très à droite sur l’échiquier politique.
Mercredi 30 octobre 2024, au tribunal de Grenoble. La cour étudie l’appel introduit par Julien Polat, maire de Voiron, dans l’affaire qui l’oppose à l’auteur de la page Facebook Le Vrai Petit Voironnais. Celui-ci, accusé de diffamation et d’injures, avant été relaxé juste avant l’été.
Avant que Julien Polat ne quitte la séance, l’avocat de LVPV revient sur les parrainages qu’il a accordés aux candidats à la présidentielle depuis sa première mandature : Didier Tauzin en 2017 et Éric Zemmour en 2022. Ce dernier parrainage avait précisément, avec la venue du parti zemmouriste Reconquête à la salle des fêtes de Voiron, motivé LVPV à créer sa page Facebook. Le premier, général en retraite, a été accusé d’avoir été complice du génocide rwandais – ce dont il s’est à plusieurs reprises défendu – et s’est opposé au mariage homosexuel, à la PMA et à la GPA.
L’avocat de LVPV s’étonne : pourquoi, en 2022, accorder son parrainage à un candidat condamné déjà à deux reprises, pour provocation à la haine raciale en 2011 (il ne fera pas appel) et pour provocation à la haine religieuse en 2018 (pourvoi en Cassation rejeté en 2019 ; débouté devant la Cour européenne des droits de l’homme en décembre 2022) ?
Julien Polat : « Ce que je sais, c’est qu’il était candidat parce que la justice avait décidé qu’il pouvait l’être. » De plus, au moment de décider à qui il accorderait son parrainage, « Éric Zemmour n’avait pas le nombre de parrainages suffisant (il en faut 500 pour pouvoir se présenter au premier tour de la présidentielle, NDLR). Ils étaient plusieurs dans ce cas, dont Jean-Luc Mélenchon. »
Le jour de son parrainage, le maire de Voiron aurait donc simplement jeté un œil sur les résultats provisoires de chaque candidat, qui sont publics depuis la décision de François Hollande de mettre fin au secret en la matière. Et aurait penché pour le candidat Reconquête, « qui avait le moins de parrainages » à ce moment.
« Et moi, je dois en rendre compte devant un tribunal ? »
« Qui dit qu’un maire est responsable du candidat ? », interroge-t-il. La question paraît plus rhétorique qu’autre chose : personne ne lui faisait porter la responsabilité de la candidature d’Éric Zemmour ou de la personnalité de celui-ci ; il s’agissait simplement de questionner son choix et ses raisons.
À ses yeux, cela éclaire surtout « le problème des parrainages publics » : « Beaucoup de maires refusent » désormais d’en accorder, par peur de critiques et de représailles. « Et moi, je dois en rendre compte devant un tribunal ? »
On pourrait arguer que, oui, il doit pouvoir rendre compte des choix qu’il pose en tant que maire. Un parrainage pour la présidentielle n’est pas uniquement un choix personnel : c’est un choix qui engage la commune, puisqu’elle est mentionnée dans les archives des parrainages.
En outre, l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, l’un des documents fondateurs de la République française, nous dit que « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ». Cela paraît fondamental. À plusieurs reprises, Julien Polat s’emportera néanmoins face aux questions de l’avocat et à cette exigence supposée de « rendre des comptes ».

Un œil sur les sondages, l’autre sur les parrainages
J’ai exploré les archives statistiques de ces fameux parrainages publics pour les présidentielles de 2017 et de 2022.

Le parrainage de Julien Polat a été publié le 24 février 2022, après validation par le Conseil constitutionnel. Dans un article du Dauphiné libéré daté du 21 février, le maire de Voiron indiquait avoir effectué cette démarche « la semaine dernière ». Il disposait donc, au moment d’introduire son parrainage, des chiffres publiés le 10, le 15 ou le 17 février.
À ces dates, le candidat Reconquête avait respectivement engrangé 181, 250 et 291 parrainages, passant de la 12e à la 11e place. Le 17 février, sur les 64 candidats à l’accession au premier tour, pas moins de 20 n’avaient recueilli aucun parrainage, parmi lesquels des noms connus, de Jean-Louis Borloo à Bernard Cazeneuve, de Raphaël Glucksmann à Arnaud Montebourg, d’Édouard Philippe à François Ruffin.
Si le critère de Julien Polat était le plus petit nombre de parrainages, il avait l’embarras du choix. S’il a opté pour Éric Zemmour, c’est qu’un autre critère est entré en jeu : il a visiblement limité son scope aux « principaux candidats », les plus « crédibles » dans le cadre d’une élection présidentielle. Observons donc les 15 candidats qui avaient récolté le plus de parrainages à cette date. Ce même 17 février, Éric Zemmour dépassait François Asselineau et Philippe Poutou, Anasse Kazib et Christiane Taubira – trois candidats de gauche sur quatre. Pourquoi ne pas avoir choisi l’un ou l’une de celles/ceux-ci ?
Pour le savoir, il faut revenir à l’article du DL. Julien Polat y livre une autre raison : « Je constate qu’on se retrouve dans une situation où des candidats majeurs, crédités de 10% des voix, sont menacés d’être dans l’incapacité de se présenter faute de ce sésame », autrement dit les 500 parrainages.
Et effectivement, le 17 février, plusieurs « candidats majeurs » n’avaient pas encore atteint ce plancher : Éric Zemmour donc, mais aussi Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Marine Le Pen. Le candidat Reconquête était le dernier du lot en nombre de parrainages validés à l’instant T.
On remarquera d’abord que cet argument diffère sensiblement de celui avancé au tribunal, qui se voulait, lui, purement statistique. En réponse à la question de l’avocat de LVPV, Julien Polat a oublié de mentionner la dimension politique de sa décision de parrainer Éric Zemmour, se contentant d’une forme de hasard : en se connectant au site le jour J, il a simplement voté pour « le candidat qui avait le moins de parrainages ».
C’est à tout le moins imprécis, et en partie contradictoire avec la réalité : le maire de Voiron voulait en réalité permettre à un candidat crédité de plus de 10% d’intentions de vote de parvenir au premier tour de la présidentielle. C’est bien avec un œil sur les parrainages et l’autre sur les sondages qu’il a fait ce choix.
« On ne joue pas au tarot, là. On parle d’élections »
On pourrait également s’étonner de cette forme de légèreté avec laquelle Julien Polat a accordé son parrainage à un candidat déjà condamné à deux reprises. Son argument de ne pas vouloir qu’un politique crédité de 10% d’intentions de vote soit empêché d’accéder au premier tour est certes recevable dans l’absolu. Mais pouvait-il réellement, dans le cadre d’un choix malgré tout éminemment politique, s’abstraire de la personnalité politique du candidat en question ?
Le même Julien Polat qui admonestait, lors du conseil municipal du 18 novembre 2020 (dont j’ai longuement parlé ici), l’élue d’opposition Johanne Vial (Horizons Voironnais) en ces termes : « On ne joue pas au tarot, là. On parle d’élections, hein. Je veux dire, moi je n’ai pas gagné l’élection avec la même satisfaction que quand je gagne une partie de foot avec mes copains. Il y a quelque chose de plus sacré qui se joue là-derrière. »
Difficile d’harmoniser ces propos avec le parrainage statistique d’une personnalité d’extrême droite, condamnée pour provocation à la haine raciale et à la haine religieuse. D’autant que, pour ce faire, le maire de Voiron se fonde en partie sur des sondages dont on sait à quel point ils ratent leur cible. Pour preuve, le candidat Reconquête dépassera à peine 7% des votes au premier tour de la présidentielle.
« De la droite dure conservatrice jusqu’à l’extrême, extrême droite »
Didier Tauzin, candidat à la présidentielle de 2017, présente un profil guère plus gauchiste qu’Éric Zemmour. L’ancien général était ainsi opposé au mariage homosexuel comme à la procréation médicalement assistée et à la gestation pour autrui (dans lesquelles il voit une « guerre contre la nature de l’être humain »), partisan d’une « pause migratoire de 20 ans », tout en alertant sur une possible « guerre ethnique, religieuse » sur le sol français. « Gaulliste « sans être fanatique », souverainiste, il entend redresser la France en s’appuyant sur les fondamentaux : la famille, l’autorité, la sécurité, la culture française et ses racines chrétiennes », dit de lui Valeurs Actuelles en mars 2017.
Néanmoins, le maire de Voiron assure que, dans son choix, c’est la « carrière militaire » qui a primé : « Je ne connais pas bien ses combats à l’époque. Il deviendrait sans doute chevalier de la Légion d’honneur sous peu, voire mieux encore. » (Pour information, au moment de la présidentielle de 2017, le général en retraite était officier de la Légion d’honneur depuis 15 ans.)
À nouveau, on peut s’étonner de cette forme de légèreté avec laquelle Julien Polat a accordé ce parrainage. Ignorait-il réellement les positions politiques de Didier Tauzin au moment de la campagne de 2017 ? Si oui, n’est-ce pas en soi un problème ?
L’avocat de LVPV relève d’ailleurs ici une « contradiction ». Julien Polat affirme qu’il accorde ses parrainages dans un souci de diversité, pour élargir le choix démocratique au bénéfice des citoyens français. Or, selon l’avocat, « on voit que ces choix vont tous dans le même sens, et vont plutôt de la droite dure conservatrice jusqu’à l’extrême extrême droite ». « Et c’est important de le savoir, quand mon client utilise le terme “fascisant” », ajoute-t-il.
Dans le prochain épisode : le discours des vœux de 2019











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