Dans leur « étude d’impact pluriannuelle » censée analyser les conséquences du projet King Jouet, les services de la Ville de Voiron écrivent que « le nombre de places conservées dans le cadre des travaux suffit au besoin annuel de stationnement sur le secteur ». Pourtant, l’exécutif confirme son projet de construire un parking-silo. À cause précisément du futur siège de King Jouet ? Ce dossier ressemble de plus en plus à un serpent qui se mord la queue.
Toujours cette épineuse question du stationnement, pourtant un des chevaux de bataille du maire actuel de Voiron…
La « nouvelle » mouture du projet King Jouet, près de la gare, implique la perte de 29 places sur la parcelle qui doit accueillir le futur siège de bureaux.
Pendant et après ces travaux, le parking des Frères-Tardy sera donc réduit à 143 places. L’ouverture du parking (temporaire ou non, ce n’est toujours pas clair) dit « gare sud », de l’autre côté des voies ferrées, ajoute quelque 117 places aux capacités de stationnement dans la zone. Qui atteindraient donc 260 places de parking malgré la présence du bâtiment de bureaux de King Jouet, au lieu des 172 places actuelles des Frères-Tardy.
Il ne faut toutefois pas négliger l’arrivée des troupes de l’entreprise dirigée par Philippe Gueydon. Celui-ci veut d’ailleurs signer avec la Ville une concession pour l’usage d’une quarantaine de places du parking gare sud, en attendant l’ouverture du parking-silo où il se réserverait d’ores et déjà une centaine de places.
260 – 40 = 220 places pour le Voironnais moyen. Soit toujours une cinquantaine de plus qu’aujourd’hui.
King Jouet et le parking-silo : la vieille histoire de l’œuf et de la poule ?
L’étude d’impact pluriannuelle, produite par la mairie afin d’« évaluer les conséquences » du projet King Jouet, se fait elle-même plutôt rassurante.
Lorsque le parking des Frères-Tardy perdra ses 29 places, cette baisse sera en effet « compensée par le taux de disponibilité des parkings proches tels que celui du Guillon, de Gare Sud, et des Tisserands » :
« Le parking du Guillon situé à 200 mètres du parking Tardy offre une capacité de 41 places. Le parking des Tisserands est situé quant à lui à 100 mètres du parking Tardy et dispose de 471 places. Enfin, la Ville a aménagé en janvier 2025 le parking “Gare Sud”, situé de l’autre côté de la voie ferrée au droit du parking Tardy, pour apporter une solution de stationnement complémentaire aux usagers du centre-ville, d’une capacité de 117 places. »
Sans oublier que (je souligne) :
« La ville de Voiron bénéficie d’une offre de stationnements complète constituée de 1.385 places de stationnements en surface avec une tarification par zone (dont le nouveau parking Gare Sud), de deux parkings en enclos (Tardy et Guillon), et de deux parkings en ouvrage (Tisserands et Porte de la Buisse). »
Ni que (je souligne encore) :
« Au plus tard au mois de mai 2025, le nouveau parking en ouvrage derrière le Grand Angle entrera en service et offrira 119 places de stationnements supplémentaires (différence entre les 239 places de l’ouvrage et les 120 places de surface supprimées dans le cadre de la 1ère phase de réaménagement du Mail). Celles-ci se trouvent néanmoins plus loin du site du parking Tardy mais à une distance proche du centre-ville permettant le délestage du secteur de la Gare au profit de ce dernier pour les usages proches des commerces et des services de la ville. »
Plus encore (je souligne enfin) :
« En complément, nous pouvons constater que le taux de remplissage du parking des Frères-Tardy nous permet de déduire que le nombre de places conservées dans le cadre des travaux suffit au besoin annuel de stationnement sur le secteur. »
Traduction : même avec 143 places plutôt que 172, le parking en surface des Frères-Tardy suffit aux besoins du secteur.
Question : pourquoi, dès lors, faudrait-il construire un parking-silo ?
Est-ce précisément parce que l’entreprise King Jouet accueillera dans la zone ses 180 à 200 salariés dès l’ouverture de son nouveau siège, contigu à la gare de Voiron ?
On pourrait retourner l’argument, en réalité : si la construction d’un siège d’entreprise à cet endroit implique de débourser 5 millions d’euros d’argent public pour construire un parking-silo afin que les salariés puissent garer leur voiture, est-il réellement opportun de réaliser un tel projet ?
Quand la « modernisation du Mail » sert à justifier un parking-silo sans études
Ce jeu de billard à trois bandes est plutôt curieux. Il rappelle le cas d’un autre parking-silo : celui du Grand-Angle, une des pièces d’un puzzle qui comporte également le Mail végétalisé (pardon, « modernisé ») et la ZAC Rossignol-République. Un puzzle où chaque pièce paraît justifier les autres… mais surtout, in fine, la (supposée) nécessité de construire un parking en ouvrage supplémentaire dans le centre-ville. Et ce, malgré l’absence d’études en ce sens.
Ajoutez à cela un certain flou entretenu autour de l’objectif poursuivi par l’ouverture du parking gare sud. Comme j’ai déjà pu le souligner, l’analyse de l’exécutif municipal a en effet varié selon le contexte de la discussion.
Lors du conseil municipal du 11 décembre, par exemple, le maire affirmait que l’aménagement du parking gare sud « a vocation à se substituer aux places qui disparaissent pendant le temps de l’aménagement du Mail » et n’est donc « pas corrélé au destin du parking des Frères-Tardy ».
Pourtant, l’étude d’impact réalisée par les services de la Ville dans le cadre du dossier King Jouet indiquait en page 11, en lien avec la construction du parking-silo proprement dit (je souligne) :
« À partir du deuxième semestre 2026, la construction du parking en ouvrage va débuter. Ces travaux vont par voie de conséquence supprimer les 143 places maintenues lors de la première tranche sur le parking Tardy. Pour les compenser, la commune ouvrira un parking provisoire sur la partie sud de la gare SNCF d’une capacité de 117 places présentées dans le plan ci-dessous. »
Ce mélange des genres se retrouve dans le contenu même de l’étude d’impact pluriannuelle de mai 2025, qui ressemble furieusement à celle d’octobre 2024. C’est normal : elle en reprend des passages entiers, se contentant d’actualiser certaines données liées à la « nouvelle mouture » du projet.
En revanche, elle compense ses faiblesses de contenu par une expression dithyrambique à l’égard du projet de King Jouet, dans lequel la mairie de Voiron voit « une opportunité majeure pour la ville » :
« Il contribue non seulement à la requalification d’un ancien site ferroviaire sous-exploité, mais aussi à la revitalisation d’un quartier stratégique autour de la gare, sans oublier la consolidation de la présence du siège social d’une grande entreprise sur le territoire de la commune. »
N’en jetez plus.
Après tout, ceci ne serait pas aussi gênant si cette étude d’impact, et singulièrement le texte de certaines délibérations proposées au vote ce mercredi, ne reprenaient pas in extenso des passages des lettres (d’intention et de manifestation d’intérêt) envoyées par Philippe Gueydon au maire de Voiron, et annexées aux projets de délibérations.
Jugez plutôt. Ci-dessous, un extrait de la lettre d’intention signée par le gérant de la SCI Tardy (mais sur papier à en-tête de King Jouet, et avec un nom de fichier comprenant « Fijace » – encore une belle confusion), suivi de l’extrait correspondant dans l’étude d’impact puis dans la délibération n° 2 du 14 mai 2025 :
On voit, dans l’exemple suivant, que, même lorsqu’il n’y a pas reprise en tant que telle, le texte de certaines délibérations peut très largement s’inspirer d’un document fourni par King Jouet :
Quant à l’« avis de publicité suite à une manifestation d’intérêt spontané », obligatoire dès lors que King Jouet a exprimé son souhait de louer 40 places sur le parking gare sud, il reprend tout bonnement un plan des places désirées par l’entreprise tiré de la lettre de manifestation d’intérêt, datée elle aussi du 29 avril 2025 :
Ce n’est pas sans rappeler la première « étude d’impact » produite par les services de la Ville pour le conseil municipal d’octobre 2024. Un rapport quasiment sans chiffres, souvent copié-collé à partir des documents fournis par l’entreprise elle-même, et où l’unique élément potentiellement négatif n’occupait que 0,16% de l’ensemble.
Pourquoi faire compliqué quant on peut faire simple ?
Vincent Degrez
(Illustration de tête : un ouroboros dessiné sur la page 279 du Codex Parisinus graecus 2327.)
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