RETROCHECK #04 | Dans ce quatrième épisode du « retrocheck » de Rue Haute, où l’on confronte les affirmations du maire de Voiron à la réalité, examinons le bilan qu’il dresse de ses deux mandats. Où l’on voit que non, la dette ne paraît pas maîtrisée, le taux de chômage n’est pas si brillant que cela, et les entreprises ne se bousculent peut-être pas pour investir à Voiron.
Commençons, comme le fait Julien Polat lui-même, par la gestion financière de la Ville. « Les finances de la commune sont saines et notre dette est maîtrisée », affirme-t-il sans ambages. Or, si l’en croit l’Observatoire des territoires, l’encours de dette de Voiron correspondait en 2024 à 1.011,90 euros par habitant, soit une augmentation de 22,8 % depuis 2019.
Entre 2017 et 2024, l’encours de dette de la commune, obtenu ici en additionnant l’endettement lié au budget principal et aux budgets annexes stationnement, réseau de chaleur et pompes funèbres, est passé de 13,5 à 21,7 millions d’euros, soit une augmentation de 60,7 % :
Ramenée au nombre d’habitants (qui, lui, n’a progressé que de 8,6 % sur cette période), la dette pointait à 651,18 euros, pour 1.011,86 euros en 2024. Soit une flambée de 55,4 % tout de même :
Si l’on prend l’encours de dette lié au seul budget principal, sur la longueur totale des deux mandats et en optant, pour ce faire, pour les données fournies par le Journal du Net (car le site de l’Observatoire des territoires ne remonte pas plus loin que 2019), le résultat est un peu plus cruel encore pour l’exécutif municipal, puisqu’on passe d’une dette de 9,45 à 17,85 millions d’euros : + 89 %. Quasiment le double.
Il faut souligner à ce stade qu’en 2024, la Ville de Voiron n’a pas souscrit d’emprunt. Et qu’avec la facture de la requalification du Mail + la construction du parking-silo du Grand Angle, c’est une facture de 5,5 millions d’euros que la commune doit régler (sur un coût global de 11,35 millions, partagé avec le Département de l’Isère, la communauté d’agglo du Pays voironnais et l’État).
Julien Polat ne dit pas le contraire lorsqu’il affirme : « Nous sommes pourtant parvenus à investir dans des proportions inédites, grâce à la préservation de notre autofinancement et à une optimisation des contributions de nos partenaires institutionnels. » Traduction : en agissant par opportunisme financier, comme l’a écrit la Cour régionale des comptes dans un rapport récent plutôt sanglant, la Ville a pu limiter la casse. Une « logique d’opportunité » guère compatible avec une vision cohérente de la ville et de son développement.
D’autant que la facture du Mail, « le » chantier du second mandat de Julien Polat, ne sera pas sans conséquence.
Entreprises : les « Fab Four » de Voiron, encore et encore
Le satisfecit politique est aussi de rigueur du côté des entreprises voironnaises. Julien Polat pointe ainsi « le niveau d’investissement record d’entreprises qui consolident ici leur ancrage ou qui s’y installent ».
« On est dans un contexte morose sur le plan économique, mais nous constatons quatre projets d’envergure d’investissement privé qui ont choisi Voiron : le pôle de loisirs à Paviot, le projet d’installation d’Arc Industries au Parvis 2, le siège de King Jouet en centre-ville et les Caves de Chartreuse qui réinstallent de la production industrielle sur Voiron. »
« À Voiron, l’activité économique se maintient et plusieurs entreprises ont engagé ou annoncé des investissements significatifs sur le territoire. Ces projets, portés par des acteurs privés, concernent des secteurs variés et participent au maintien de l’emploi local. »
Le premier édile ne donne toutefois pas de chiffres sur le niveau d’investissement de ces entreprises à Voiron, ni a fortiori en quoi le niveau de 2025 représenterait un « record ». Cela reste de l’ordre de l’affirmation rhétorique.
En examinant d’un peu plus près les exemples que Julien Polat énumère dans son interview au Dauphiné libéré – les mêmes, d’ailleurs, que dans son discours de vœux –, on voit que :
l’un est un simple déménagement : celui des bureaux de King Jouet (actuellement installés aux Blanchisseries), malgré au moins deux recours introduits au tribunal administratif et une plainte déposée auprès du procureur de la République ;
un autre consiste en un renforcement : Arc Industries, entreprise elle aussi déjà présente aux Blanchisseries ;
un autre encore est un retour à la production industrielle sur un site qui l’avait abandonnée : les Caves de Chartreuse, non pour recommencer à produire les célèbres liqueurs, mais pour « développer les savoir-faire et la production herboriste de la marque » ;
le dernier, le nouveau complexe de loisirs de Paviot, n’est pas situé à Voiron, mais à Saint-Jean-de-Moirans, dans l’ancienne usine Ruby – ce qui n’est jamais précisé par Julien Polat.
Soyons honnêtes, le maire de Voiron ne parle pas de développement économique, mais bien de « maintien de l’emploi local ». À ce titre, il précise : « Le taux de chômage observé sur la commune demeure, par ailleurs, inférieur aux moyennes nationale et régionale. » Et d’ajouter qu’en 2014 – au moment où il a pris pour la première fois les commandes de la Ville –, le chômage à Voiron « était supérieur à la moyenne départementale ».
Vérification faite à partir des chiffres de l’Insee, les choses sont moins tranchées. Si le taux de chômage à Voiron était en effet supérieur au taux isérois en 2014, il l’était à la marge : 14,2 % pour Voiron contre 14 % pour le département.
En revanche, si l’on compare les taux de Voiron, du département et de la région, à partir des derniers chiffres disponibles (Insee 2022), le résultat contredit les propos du maire. En effet, le taux de chômage des 15-64 ans pointe à 12,7 % à Voiron, loin devant le département de l’Isère (9,5 %), la Région Auvergne-Rhône-Alpes (10 %), et même la moyenne nationale (11,3 %).
On est loin du « quasi plein emploi » évoqué par un reportage des plus laudateurs diffusé par France 2 en avril 2024, consacré aux « solutions de Voiron pour redonner vie à son centre-ville ». Ce reportage avait fait l’objet de mes premières publications sur Rue Haute : quelques billets de « factchecking » sur Facebook qui avaient convaincu la responsable communication de la Ville de refuser de répondre à mes questions et de traiter des demandes d’interview. Un refus ferme et définitif, auquel la commune se tient donc toujours.
Déclin démographique : une antienne sans fondement
Dans son acte de candidature, Julien Polat se souvient également que, lors de sa première campagne des municipales en 2014, il avait « porté des inquiétudes qui étaient celles du sentiment de déclin de la ville », déclin dont le premier exemple était la « perte d’habitants » que connaissait alors Voiron. Aujourd’hui, à l’inverse, « Voiron rayonne, elle est attractive et elle inspire confiance dans son avenir. En témoigne le nombre d’habitants désireux de nous rejoindre. »
Décidément bien inspirée, l’équipe de France 2 avait elle aussi traité de cette question en 2024, en nous informant que la commune aurait « gagné 1.500 habitants en 10 ans »… une période qui, par hasard sans doute, correspondait parfaitement à la présence de Julien Polat au poste de maire.
J’ai eu l’occasion de revenir sur ce point dans un article de mai 2024, en insistant sur le fait que l’évolution démographique est une matière difficile à traiter. Les variations sont fortes d’une année à l’autre, et l’accroissement de la population n’est jamais parfaitement constant. Par exemple, il a fallu attendre 2021 (année de gain de population assez exceptionnel : 559 habitants, du jamais-vu en 15 ans de recensement) pour dépasser le niveau de 2007. Et de 2014 à 2015, la ville a gagné 367 habitants, avant d’en reperdre 421 durant les deux années suivantes.
En revanche, dénoncer la « perte d’habitants » dont souffrait Voiron en 2014 – donc sous la mandature du socialiste Roland Revil – était un non-sens, puisque la commune n’avait cessé de gagner des habitants depuis 2011.
Juste après l’arrivée de Julien Polat, après un pic en 2015, elle a toutefois vu sa démographie s’amoindrir en 2016 et 2017, avant de végéter quelque peu, de rebaisser à la marge en 2020, puis de repartir à la hausse à partir de 2021.
Quant à évaluer précisément les rangs de ces « habitants désireux de nous rejoindre »… Un problème lexical, tout d’abord : si l’on peut parler d’« habitants », sont-ils encore dans le « désir de nous rejoindre » ou ont-ils franchi le pas ? Et puis, voici typiquement le genre d’affirmation incantatoire qui ne s’embarrasse ni de chiffres ni de preuves. Donc invérifiable.
Cela rappelle l’argument de l’agent immobilier qui, dans le reportage de France 2 à nouveau, assurait que les trentenaires affluaient à Voiron. Sans élément statistique pour appuyer ce qui relevait, m’a-t-il confié ensuite, plutôt du « sentiment ».
Vincent Degrez
L’article « Les finances de la commune sont saines et notre dette est maîtrisée » : vraiment ? est apparu en premier sur .







