Finalement, il a répondu… en confirmant tacitement les propos de son conseiller municipal. Julien Polat diffuse actuellement une nouvelle « lettre aux Voironnais » dans nos boîtes. Il y insiste une fois de plus sur « la gauche radicale » supposément incarnée par la liste « Voiron en commun », renvoyée dos à dos avec le Rassemblement national. Et accentue la pression sur ses électeurs afin qu’ils se déplacent en masse dès le premier tour. Question de symbole.
Il n’a pas répondu à Rue Haute lui demandant par e-mail s’il validait les propos insultants tenus par André Gal, conseiller municipal de sa majorité, à l’égard d’un militant d’une liste concurrente. La plainte, me souffle-t-on, a été classée. Mais Julien Polat a décidé de réagir d’une autre façon… en remettant une pièce dans un jukebox décidément très droitier.
Dans un courrier non daté, mais à en-tête de sa liste « Préservons l’essentiel avec Julien Polat » et mentionnant le nom et l’adresse de ses destinataires, le maire sortant appelle ses électeurs et électrices à ne pas négliger le premier tour des municipales, ce dimanche 15 mars :
« Je tenais à vous écrire personnellement pour vous dire combien votre participation à ce scrutin est essentielle.
Dans une élection municipale, les équilibres se jouent parfois à une poignée de voix ! Contrairement à ce que certains s’imaginent, chaque bulletin compte réellement, et seules les voix qui se déplacent jusqu’à l’urne décident du résultat. »
Des « voix qui se déplacent jusqu’à l’urne » ? Le style rappelle celui du maire de Champignac, dans une interprétation toute personnelle de la physique de la propagation du son.
« La situation de cette élection est d’ailleurs particulière : trois listes seulement sont en présence, et tout laisse penser que le résultat pourrait être acquis dès ce premier tour », insiste le premier édile. « Le choix pour l’avenir de Voiron se décidera sans doute dès ce dimanche 15 mars. Il est donc essentiel que chacune et chacun s’exprime. »
Cela confirme ce que me confiait le colistier de « Voiron en commun » (union de la gauche) qui avait été insulté par André Gal : « Je les entends beaucoup communiquer autour du fait qu’il faudrait “voter dès le 15 mars”. La droite voironnaise mise tout sur une victoire dès le premier tour. »
Effectivement, il semblerait difficile, à un Julien Polat qui avait triomphé dès le premier tour aux municipales de 2020 (après avoir gagné de justesse en 2014), de se retrouver en ballottage cette fois-ci. La symbolique serait probablement difficile à digérer.
La liste du Rassemblement nationale profitera-t-elle de la dynamique engrangée lors des législatives anticipées de 2024 pour améliorer son score de 2020 ? Rappelons qu’aux dernières municipales, son candidat, Alexandre Collin (seul élu RN du mandat précédent), avait emporté moins de 5 % des suffrages, n’obtenant donc pas de siège au conseil municipal.
On imagine qu’une dynamique de l’extrême droite profiterait mathématiquement à la gauche plutôt qu’à la droite locale. Ceci étant dit, même au sein des rangs RN convaincus, on ne serait pas forcément prêt à prendre des risques : certains inclineraient à voter pour Julien Polat dès le premier tour afin de s’assurer que la gauche ne prenne pas la mairie.
L’argument n’est guère différent dans la lettre de Julien Polat :
« Face à nous se présente une liste de gauche radicale sous bannière de La France Insoumise, et une liste du Rassemblement National sans autre projet qu’une déclinaison d’engagements nationaux. »
C’est faire peu de cas des autres partis soutenant officiellement « Voiron en commun » : les Écologistes, Debout! (le parti de François Ruffin), Génération.s, le Parti socialiste et le PCF. C’est pourtant facile, les logos sont sur la page d’accueil du site Voironencommun.fr.
Quant au RN, son programme – du moins ce que l’on en sait – rappelle plutôt le bilan de Julien Polat en l’amplifiant qu’un ensemble idéologique vraiment neuf, notamment sur la sécurité.
Reste un procédé, celui de la « lettre aux Voironnais », qui rappelle furieusement le tract diffusé par une association proche du maire de Voiron dans le cadre de la fermeture du square Brameret, et qui dénonçait – surprise ! – ces « militants de La France Insoumise qui tentent d’instrumentaliser ce sujet à visage masqué ».
C’est une obsession.
Vincent Degrez
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