SUR LE VIF | Le maire sortant de Voiron semble évaluer les arguments électoraux « au poids ». Face à son programme « clair et complet » de 44 pages, il n’a vu que « deux pages de proposition » (sic) « et souvent bien davantage de critiques » en provenance des listes concurrentes. Il aurait dû mieux regarder.
Dommage, la campagne ne se déroulait pas si mal… On plaisante, bien sûr. Cette campagne des municipales aura été le théâtre d’amalgames entre « les extrêmes », d’insultes, de menaces, d’affiches recouvertes ou défigurées, de lettres dénigrantes. Et le maire sortant clôture la séquence sur une ultime vidéo qui, pour être brève, résume plutôt bien sa communication.
Devant un mur de briques, il reprend des arguments déjà rabâchés à longueur de discours, de séquences vidéo, de courriers incendiaires. Et puis, il lâche un chiffre révélateur, selon lui, des qualités respectives des listes en lice à Voiron :
« Nous avons choisi de vous présenter un projet clair et complet pour Voiron, avec un document de 44 pages distribué dans vos boîtes aux lettres, face auquel vous n’avez eu que deux pages de proposition (sic) et souvent bien davantage de critiques. »
On ignore s’il fait ici référence aux professions de foi reçues ce vendredi dans nos boîtes aux lettres. Des documents qui, effectivement, ne totalisent que deux pages chacun. C’est la loi : format A4, recto ou recto-verso, grammage précis du papier. Les règles sont identiques pour toutes les listes.
Peut-être parle-t-il du programme de « Voiron d’abord ». Or, la liste du Rassemblement national n’a pas diffusé grand-chose, mis à part quelques tracts et une page Facebook peu alimentée. Sur la fameuse profession de foi, distribuée sous enveloppe blanche avec celles des deux autres lites, les « priorités » affichées par le candidat RN se résument à peu de choses : la sécurité d’abord, qui s’adjuge les trois premiers points (sur neuf), donc deux consacrés à la seule police municipale, et quelques généralités dont les termes ne sont jamais définis. « Réaffirmer l’identité Française (sic) au quotidien » : mais encore ?
Du côté de la liste « Voiron en commun » (union de la gauche), si le document diffusé dans les boîtes est effectivement assez restreint, il compte quatre pages de programme résumé, sans compter le classique trombinoscope (quatre autres pages en mode poster).
Surtout, Julien Polat aurait pu pousser l’effort jusqu’à télécharger le programme plus complet, disponible sur le site internet de la liste. Un document qui, lui, totalise 22 pages.
La moitié de celui du maire sortant ? Certes. Mais le programme de ce dernier mêle son bilan des deux mandats et ses projets pour la suite. On serait tenté de dire « surtout son bilan », tant son slogan n’est pas mensonger. Pour Julien Polat, il s’agit bien de « préserver l’essentiel », c’est-à-dire de continuer sur sa lancée.
Sa liste, soyons précis, veut « préserver l’essentiel avec Julien Polat ». Sans qu’on sache clairement si, à ses yeux, l’« essentiel » est « Julien Polat » lui-même, comme on pourrait dire « avec Julien Polat, nous avons le meilleur candidat ».
Ni ce que l’on est censé faire de ce qui n’est pas « essentiel ». Ni même selon quels critères on distingue « l’essentiel » de l’accessoire.
Pas plus qu’on ne parvient, parfois, à distinguer la semi-vérité du mensonge pur et dur. Ou de l’anticatastase, cette contre-vérité qui percute une vérité pourtant évidente et vérifiable à tout moment. Comme lorsqu’on affirme que son adversaire n’a produit que « deux pages de proposition » (sic) lorsque ledit programme est 11 fois plus long.
Vincent Degrez
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